Après Nogent-sur-Seine début septembre, c’est au tour du Tricastin de défendre sa candidature pour accueillir deux EPR2, dossier remis à Bernard Fontana le 8 septembre.
Le calendrier se resserre pour les territoires qui visent la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. En une semaine, le PDG d’EDF Bernard Fontana a reçu deux livres blancs : celui de Nogent-sur-Seine dans l’Aube le 2 septembre, puis celui de Tricastin le 8. Cette centrale, en service depuis 1980-1981, s’étire entre la Drôme et le Vaucluse. Quatre réacteurs de 900 MW chacun y tournent et fournissent 40 % de l’électricité de la région.
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Le lendemain de la remise du dossier, Marie Fernandez, maire de Donzère et présidente de la communauté de communes Drôme Sud Provence, accompagnée des maires de Saint-Paul-Trois-Châteaux et Pierrelatte, a franchi les portes de l’Élysée. Reçue par Nicolas Clausset, conseiller à l’énergie et au climat, et Juliette Part, conseillère aux affaires territoriales, la délégation a exposé ses arguments.
12 000 emplois sur un bassin de 350 000 habitants
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« Aujourd’hui, la filière représente 12 000 emplois sur un bassin de vie de 350 000 habitants. Quatre familles sur cinq ont déjà un lien fort avec Tricastin. S’il n’y a pas d’EPR2, nous serons en déclin industriel », affirme Marie Fernandez.
La formule résume l’enjeu : sans prolongation de l’activité nucléaire sur le site, la région craint un effondrement de son tissu économique. L’atome y structure l’emploi direct, mais aussi l’ensemble des services qui gravitent autour. La centrale actuelle approche de ses quarante-cinq ans, et la perspective de son arrêt sans succession inquiète.
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Le collectif qui porte la candidature réunit neuf intercommunalités, quatre départements, trois régions, les chambres de commerce et d’industrie locales, ainsi qu’un collectif interrégional économique. Cette mobilisation vise à peser face à la concurrence d’autres sites, notamment Nogent-sur-Seine, qui a pris de l’avance dans le calendrier de lobbying.
Un site prêt à recevoir les EPR2
Les élus drômois mettent en avant des atouts concrets. Le canal de refroidissement existe déjà, construit pour les réacteurs actuels. Une réserve foncière est disponible pour accueillir les nouveaux ouvrages. La filière complète est présente sur place : EDF exploite la centrale, et Orano dispose également d’installations à Tricastin, notamment pour l’enrichissement de l’uranium.
La desserte multimodale constitue un autre argument. Le site est relié au réseau autoroutier, ferroviaire et fluvial, ce qui facilite l’acheminement des gros composants pendant la phase de construction. Lors des chantiers d’EPR de Flamanville, la logistique a représenté un casse-tête majeur. À Tricastin, les infrastructures sont en place.
Cette configuration évite de partir de zéro. Les études de raccordement au réseau électrique sont simplifiées, les équipes locales connaissent le nucléaire, et les sous-traitants régionaux ont l’expérience des grands arrêts de tranche. À l’inverse, un site vierge imposerait de construire l’ensemble de ces capacités, avec des délais et des coûts supplémentaires.
| Critère | État actuel |
|---|---|
| Réacteurs en service | 4 × 900 MW (1980-1981) |
| Emplois filière | 12 000 |
| Bassin de vie | 350 000 habitants |
| Part d’électricité régionale | 40 % |
| Présence industrielle | EDF + Orano |
Source : collectif d’élus Tricastin, septembre 2026
Pourquoi Tricastin veut décrocher les EPR2
Bernard Fontana multiplie les rendez-vous avec les territoires
Depuis son arrivée à la tête d’EDF en mai 2025, Bernard Fontana consacre un temps considérable aux élus locaux. La décision de construire six EPR2, annoncée par l’État, impose de choisir trois sites. Chaque territoire candidat met en avant ses spécificités, et le PDG doit composer avec des attentes locales élevées et parfois contradictoires.
Nogent-sur-Seine, qui a remis son dossier le 2 septembre, joue la carte de la proximité avec Paris et d’un bassin d’emploi industriel historique. D’autres sites pourraient se manifester dans les semaines qui viennent. EDF doit arbitrer en tenant compte de critères techniques, mais aussi politiques : chaque région voit dans l’EPR2 une garantie de maintien de l’emploi industriel.
La pression monte sur Bernard Fontana, qui doit concilier les impératifs industriels d’EDF et les demandes des territoires. Le calendrier de construction des EPR2 prévoit un démarrage des travaux dans les prochaines années, ce qui impose de trancher rapidement sur les sites retenus.
La question de l’acceptabilité locale
À Tricastin, l’acceptabilité ne pose pas de difficulté majeure. Quatre familles sur cinq entretiennent un lien direct avec la centrale, selon Marie Fernandez. Cette proximité favorise une adhésion locale forte, contrairement à d’autres sites où l’implantation d’un réacteur suscite des oppositions.
Les collectivités locales voient dans le nucléaire une source de stabilité économique. Les emplois sont qualifiés, les salaires supérieurs à la moyenne, et les retombées fiscales alimentent les budgets municipaux. La crainte d’un déclin industriel en l’absence d’EPR2 explique la mobilisation collective, rare dans le paysage français où les luttes de territoire sont souvent fragmentées.
L’Élysée, en recevant les élus le 9 septembre, reconnaît l’importance de l’enjeu local. Nicolas Clausset et Juliette Part ont écouté les arguments du collectif, sans toutefois annoncer de décision. Le calendrier politique et les arbitrages techniques d’EDF détermineront les sites finalement retenus.
La candidature de Tricastin s’inscrit dans une compétition nationale pour l’avenir du parc nucléaire français. Chaque territoire mobilise ses atouts, et la décision finale engagera plusieurs décennies d’activité industrielle.
Tricastin EPR2 : les chiffres du dossier
- Bernard Fontana a reçu le dossier de Tricastin le 8 septembre, une semaine après celui de Nogent-sur-Seine
- Marie Fernandez et les maires drômois ont été reçus à l'Élysée le 9 septembre par le cabinet présidentiel
- La centrale de Tricastin compte 4 réacteurs de 900 MW en service depuis 1980-1981
- Le collectif de candidature réunit 9 intercommunalités, 4 départements et 3 régions
- Orano est également présent sur le site de Tricastin
- Quatre familles sur cinq du bassin de vie entretiennent un lien avec la centrale
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