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L’automobile européenne perd 104 000 emplois en deux ans, l’électrique ne compense pas

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L’industrie automobile européenne a supprimé 104 000 postes en deux ans face à une demande qui ne redémarre pas, alors que l’électrique ne crée que 7 000 emplois.

Le scénario sur papier semblait rassurant : moins de moteurs à pistons, davantage de batteries et d’électronique embarquée, donc mécaniquement des créations d’emplois dans les compétences numériques et l’ingénierie électrique. La réalité frappe plus durement. L’industrie du continent électrifie ses gammes tout en produisant nettement moins de véhicules qu’avant la pandémie, avec des coûts de production élevés et une concurrence chinoise qui ne reste plus cantonnée à l’Asie.

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En chiffres
104 000
emplois supprimés en Europe
2024-2025 (CLEPA)
7 000
emplois créés en 2025
dans l'électrique et le numérique
– 20 %
production UE vs 2019
soit 3,1 millions de véhicules manquants
– 5,8 %
emploi auto allemand en un an
plus bas niveau depuis 2005

CLEPA chiffre l’hécatombe : 104 000 suppressions, 7 000 créations

L’association européenne des équipementiers CLEPA donne la mesure du décrochage. Cinquante-quatre mille suppressions de postes ont été actées en 2024, puis 50 000 supplémentaires en 2025. Total : 104 000 emplois en moins en deux ans. En face, le secteur a annoncé seulement 7 000 créations de postes en 2025.

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Ce n’est pas qu’il n’y a aucun besoin. Les profils d’ingénierie logicielle, de développement batterie et d’analyse de données sont recherchés. L’ACEA et Adecco l’ont d’ailleurs confirmé dans une étude publiée en début d’année : les métiers très qualifiés liés à l’informatique et à l’ingénierie doivent monter en puissance à mesure que progressent électrification et numérisation. Mais recruter un ingénieur logiciel ne compense pas mécaniquement la fermeture d’un atelier de pièces mécaniques. Les compétences, les qualifications et surtout la géographie des emplois diffèrent radicalement.

Bilan emploi de l’industrie automobile européenne (2024-2025)
Année Suppressions de postes annoncées Créations de postes annoncées
2024 54 000
2025 50 000 7 000
Total 104 000 7 000

Source : CLEPA

Une production toujours 20 % sous son niveau d’avant Covid

Le problème de fond tient moins à l’électrification qu’à la taille du marché. La production automobile de l’Union européenne en 2025 est restée environ 20 % sous son niveau de 2019, soit quelque 3,1 millions de véhicules manquants selon CLEPA. L’électrique monte : la fabrication européenne de véhicules électriques a progressé de 23 % en un an pour atteindre environ 3,3 millions d’unités. Mais cette montée s’opère à l’intérieur d’une industrie dont le volume global reste nettement contracté.

Résultat : la transition technologique crée des métiers sans nécessairement les créer au même endroit, au même rythme ni pour les mêmes salariés. Un ouvrier qualifié sur une ligne de montage moteur ne devient pas développeur Python du jour au lendemain, et l’usine où il travaillait se situe rarement dans la zone où s’implante un centre de R&D logiciel.

Pourquoi l'électrique ne compense pas les pertes d'emplois

Transition sans emplois
L'électrification crée 7 000 postes contre 104 000 suppressions. Les compétences demandées (logiciel, batteries) ne se situent pas dans les mêmes bassins que les usines mécaniques fermées.
Marché contracté
La production européenne reste 20 % sous son niveau d'avant Covid. L'électrique progresse de 23 % en un an, mais à l'intérieur d'un marché global qui ne redémarre pas.
Géographie éclatée
Les nouveaux emplois dans la R&D logicielle se concentrent dans les centres urbains, rarement dans les bassins industriels traditionnels où ferment les usines de pièces mécaniques.
Allemagne en première ligne
L'emploi automobile allemand tombe à 691 500 personnes, son plus bas niveau depuis 2005. Volkswagen affiche une surcapacité de 500 000 véhicules en Allemagne.

L’Allemagne perd 42 300 emplois en un an

L’onde de choc prend une ampleur particulière outre-Rhin. Première puissance automobile européenne, l’Allemagne concentre constructeurs, motoristes, équipementiers et un vaste réseau de PME dépendantes des volumes produits par les grandes marques. L’emploi automobile allemand est tombé à 691 500 personnes au premier semestre 2026, soit 42 300 emplois de moins en un an et une contraction de 5,8 %. Le niveau serait le plus faible enregistré depuis 2005.

Volkswagen incarne cette tendance. Le groupe a engagé d’importantes réductions d’effectifs et reconnaît parallèlement une surcapacité industrielle de l’ordre de 500 000 voitures en Allemagne. L’usine de Zwickau illustre le paradoxe : elle a abandonné les voitures thermiques dès 2020 et produit aujourd’hui plusieurs modèles électriques des marques Volkswagen, Audi et Cupra. Sa conversion technologique ne l’immunise pourtant pas contre un problème plus élémentaire : lorsqu’une usine dispose de davantage de capacité qu’il n’existe de voitures à produire, son type de motorisation ne résout pas à lui seul l’équation industrielle.

Porsche prévoit également près de 8 900 réductions de postes en additionnant ses différentes entités.

Des compétences demandées mais rarement au bon endroit

La recomposition des métiers est bien réelle. Les besoins en ingénierie logicielle, développement de systèmes de gestion de batterie, analyse de données de conduite ou cybersécurité automobile augmentent. Certains profils sont même introuvables, au point que plusieurs équipementiers peinent à pourvoir des postes techniques hautement qualifiés.

Mais cette demande ne suffit pas à équilibrer le tableau d’ensemble. D’une part, les volumes de recrutement restent bien inférieurs aux suppressions. D’autre part, ces emplois hautement qualifiés se concentrent dans des centres de R&D urbains, parfois éloignés des bassins industriels traditionnels où s’effectuaient l’usinage, l’assemblage et la logistique des pièces mécaniques. Une usine de boîtes de vitesses qui ferme en Lorraine ne se transforme pas en pôle d’ingénierie logicielle sur place.

L’électrique progresse, le marché global stagne

La croissance de 23 % de la production européenne de véhicules électriques en un an est un signal positif pour la transition technologique. Mais elle ne masque pas le recul structurel : la production totale demeure inférieure de 3,1 millions d’unités par rapport à 2019. Les constructeurs font donc face à une double contrainte : investir massivement dans de nouvelles compétences et de nouvelles lignes de production électrique, tout en gérant une surcapacité industrielle héritée d’un marché qui ne redémarre pas.

À cela s’ajoute la pression concurrentielle chinoise. Les constructeurs chinois ne se contentent plus d’inonder leur marché domestique : ils exportent désormais en Europe des modèles électriques à des tarifs agressifs, souvent soutenus par des subventions publiques massives. Cette concurrence accroît encore la pression sur les marges européennes et pousse les constructeurs à réduire leurs coûts fixes, dont la masse salariale.

Emploi automobile allemand (premier semestre 2026)
Indicateur Valeur
Emploi total secteur auto (S1 2026) 691 500 personnes
Baisse en un an – 42 300 emplois
Taux de contraction – 5,8 %
Niveau le plus bas depuis 2005

Source : données rapportées dans les rapports sectoriels

Le tableau est sans appel : la transition vers l’électrique ne s’accompagne pas, pour l’instant, d’un redémarrage de l’emploi industriel automobile en Europe. Les créations de postes dans les compétences numériques et l’ingénierie électrique existent, mais demeurent largement insuffisantes pour compenser les suppressions dans la production mécanique et l’assemblage. La recomposition des métiers est en marche, mais elle s’opère dans un contexte de marché contracté qui frappe d’abord les bassins industriels traditionnels.

Emploi automobile européen : les chiffres 2024-2026

  • L'industrie automobile européenne a supprimé 104 000 emplois en deux ans (2024-2025)
  • Seulement 7 000 créations de postes annoncées en 2025, principalement dans l'ingénierie et le numérique
  • La production européenne reste 20 % sous son niveau de 2019, soit 3,1 millions de véhicules manquants
  • L'Allemagne a perdu 42 300 emplois automobiles en un an (– 5,8 %), niveau le plus bas depuis 2005
  • Volkswagen reconnaît une surcapacité industrielle de 500 000 voitures en Allemagne
Rédacteur chez Industriel.net
Karim Lefort suit l'évolution du secteur automobile et des nouvelles solutions de mobilité, en analysant les innovations, les tendances du marché et les technologies qui transforment les déplacements. Il propose des contenus clairs et documentés destinés aussi bien aux professionnels qu'aux passionnés. Pour enrichir ses recherches et optimiser ses articles, il s'appuie sur l'intelligence artificielle, tout en assurant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale avant chaque publication.
Lefort Karim

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