Withings a franchi le seuil de rentabilité en 2025, dix-huit ans après sa création, selon son fondateur Éric Carreel.
L’annonce est rare dans la healthtech française. Éric Carreel, fondateur de Withings, a confirmé ce 17 juillet que sa société était désormais rentable, une première depuis son lancement en 2008. Un jalon inhabituel pour une entreprise tech qui a affronté une levée de fonds massive, un rachat par Nokia puis un retour sous contrôle familial.
Withings commercialise des montres connectées santé, des tensiomètres, des balances et des thermomètres. La firme revendique une base installée de 7 millions d’utilisateurs actifs dans le monde. Contrairement aux pures players logiciels, elle porte la fabrication industrielle de produits physiques, ce qui alourdit sa structure de coûts. Le seuil de rentabilité survient au moment où plusieurs concurrents européens ont jeté l’éponge ou se sont fait absorber.
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Rachat par Nokia en 2016, retour aux origines trois ans plus tard
Withings a connu une première vie de 2008 à 2016, marquée par plusieurs levées de fonds et l’arrivée de fonds de capital-risque. En avril 2016, le géant finlandais Nokia rachète la société pour 170 millions d’euros, dans l’espoir de se relancer sur le marché des objets connectés après sa déroute dans la téléphonie mobile. L’opération se solde par un échec commercial : Nokia peine à imposer la marque dans un écosystème dominé par Apple et Fitbit.
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En mai 2018, Éric Carreel annonce qu’il rachète Withings à Nokia. Le montant de la transaction n’est pas divulgué, mais plusieurs sources évoquent une décote importante par rapport au prix d’achat initial. Le fondateur reprend alors le contrôle de l’entreprise, qui retrouve son nom d’origine après avoir été brièvement rebaptisée Nokia Health.
Une trajectoire longue, typique de la deeptech industrielle
Le délai de 18 ans entre création et rentabilité illustre la difficulté des deeptech matérielles. Les cycles de développement produit sont longs, les investissements en R&D et en outillage industriel considérables, et les volumes nécessaires pour atteindre l’équilibre sont élevés. La plupart des concurrents ont fait le choix de l’acquisition ou de la sortie avant ce stade.
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Withings s’appuie sur une stratégie de marque premium, avec des prix de vente moyens supérieurs à ceux des acteurs asiatiques. La montre ScanWatch, lancée en 2020, intègre un électrocardiogramme et un oxymètre de pouls pour un tarif autour de 300 euros. Le modèle hybride, entre montre à aiguilles et électronique, vise une clientèle soucieuse de santé mais réticente aux écrans permanents.
La rentabilité opérationnelle ne signifie pas encore la profitabilité nette : Éric Carreel n’a pas précisé si le résultat net était positif après intérêts et impôts. Mais l’équilibre d’exploitation marque une étape symbolique pour une entreprise qui a survécu à deux cycles de consolidation du marché.
Pourquoi si peu de healthtech françaises franchissent ce seuil
Le contexte français : peu de licornes matérielles rentables
Le cas Withings est atypique dans le paysage de la French Tech. La plupart des pépites nationales cotées ou valorisées au-delà du milliard d’euros opèrent dans le logiciel : Mirakl, Contentsquare, Dataiku, ou encore Ledger, qui fabrique des portefeuilles cryptographiques mais avec des volumes industriels bien moindres que ceux d’un fabricant de montres.
Les entreprises hardware hexagonales souffrent d’un accès limité aux financements patients et d’une absence d’écosystème manufacturier à proximité. La production est délocalisée en Asie, ce qui complique le contrôle qualité et allonge les délais de mise sur le marché. À titre de comparaison, les healthtech américaines qui ont réussi à lever massivement, comme Whoop ou Oura, ne communiquent pas encore sur leur rentabilité malgré des valorisations proches du milliard de dollars.
Éric Carreel a par ailleurs fondé d’autres sociétés tech, dont Sculpteo (impression 3D) et Keecker (robot domestique). Cette multiplication de projets parallèles pose la question de la focalisation nécessaire pour atteindre la rentabilité dans un secteur aussi concurrentiel que les wearables. Withings emploie environ 200 personnes, selon les dernières estimations publiques.
Marché mondial : Apple domine, place pour un acteur européen
En 2025, Apple Watch représente environ 30 % du marché mondial des montres connectées en volume, selon les cabinets d’analyse. Samsung et Huawei se partagent une grande partie du reste, tandis que Garmin occupe le segment sportif haut de gamme. Fitbit, racheté par Google en 2021, a perdu des parts de marché et a vu plusieurs lignes de produits abandonnées.
Withings mise sur la certification médicale de ses appareils. Plusieurs produits ont reçu le marquage CE médical, ce qui leur permet d’être prescrits et parfois remboursés dans certains pays européens. Cette approche réglementaire, coûteuse en temps et en ressources, crée une barrière à l’entrée et permet de justifier un premium tarifaire.
Le parcours de Withings reste une exception en France. Peu d’entreprises hardware parviennent à se maintenir indépendantes jusqu’à la rentabilité sans recours à un actionnaire industriel de long terme. La trajectoire confirme que la deeptech matérielle demande une résilience financière rarement compatible avec les cycles de fonds de capital-risque traditionnels, dont l’horizon moyen est de sept à dix ans.
Withings rentable : les étapes d'un parcours atypique
- Withings a été rachetée par Nokia en 2016 pour 170 millions d'euros, puis reprise par son fondateur en 2018
- L'entreprise compte 7 millions d'utilisateurs actifs et emploie environ 200 personnes
- Le délai de 18 ans illustre la difficulté des deeptech matérielles à atteindre la rentabilité
- Apple Watch représente 30 % du marché mondial des montres connectées en 2025
- Plusieurs produits Withings ont reçu le marquage CE médical, permettant prescription et remboursement