IndustrielAéro & SpatialAirbus confie 900 applications critiques à Scaleway plutôt qu'à AWS

Airbus confie 900 applications critiques à Scaleway plutôt qu’à AWS

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Airbus bascule son infrastructure critique vers le cloud souverain de Scaleway. Un choix mûri pendant des mois, qui scelle le divorce avec AWS sur 900 applications stratégiques.

Cinquante candidatures examinées, un seul survivant. Airbus a tranché : le français Scaleway hébergera le socle de son infrastructure numérique sensible. Pas un test grandeur nature, pas une expérimentation de laboratoire. Le constructeur aéronautique engage la migration de 70 applications critiques dès la première phase, avec une montée en charge prévue jusqu’à 900 systèmes d’ici cinq à six ans. ERP, systèmes de gestion de production (MES), CRM, gestion du cycle de vie produit (PLM) : tout ce qui fait tourner l’usine au quotidien bascule sous pavillon européen.

Le motif est juridique avant d’être technique. Airbus cherchait une immunité totale face aux lois extraterritoriales, à commencer par le Cloud Act américain qui autorise Washington à réquisitionner des données stockées par ses entreprises, peu importe le pays d’hébergement. Catherine Jestin, directrice du numérique chez Airbus, l’a martelé : l’avionneur voulait mettre ses plans de R&D, ses contrats fournisseurs et ses secrets de fabrication hors de portée des autorités américaines. Scaleway, société de droit européen sans actionnaire ni filiale hors UE, offre cette garantie. Les hyperscalers américains, malgré leurs efforts de communication, ne peuvent pas.

70 applications migrées en priorité, AWS sur la touche

La première vague concerne ce qu’Airbus appelle le « Minimum Viable Company », les systèmes sans lesquels l’entreprise s’arrête. Actuellement hébergées sur AWS, ces 70 applications forment le noyau dur : progiciels de gestion intégrée, exécution de la fabrication, relation client, ingénierie produit. Le périmètre s’élargira progressivement pour embrasser l’ensemble du spectre industriel, de la conception des aéronefs à la production en série. Scaleway devra absorber cette charge sur une demi-décennie, sans flancher sur la disponibilité ni la performance.

L’écosystème souverain ne s’arrête pas au stockage. Airbus a déjà noué un partenariat avec Mistral AI pour développer des modèles d’intelligence artificielle maison. Ces IA tournent déjà sur l’infrastructure Scaleway, créant une chaîne de valeur intégralement européenne. Le constructeur évite ainsi la dispersion technologique et garde la main sur l’ensemble de la pile logicielle, du cloud aux algorithmes.

Compétitif face aux géants américains, selon Airbus

Catherine Jestin a coupé court à une idée reçue : « Contrairement aux idées reçues, la souveraineté n’est pas forcément plus coûteuse. » Scaleway a présenté une offre tarifaire capable de rivaliser avec les prix d’AWS, d’Azure ou de Google Cloud. Le cloud souverain ne serait donc plus un luxe réservé aux budgets publics, mais une alternative économiquement viable pour un groupe privé de cette taille. Le français a aussi passé une série de tests techniques en conditions réelles, validant sa capacité à encaisser les charges d’un industriel de rang mondial.

Ce choix vise à prouver que l’Europe dispose de champions technologiques aptes à jouer dans la cour des grands, sans sacrifier la performance ni exploser les coûts. Pour Scaleway, c’est une consécration : décrocher un contrat de cette ampleur face à la concurrence américaine et chinoise constitue une référence de premier plan. Pour Airbus, c’est un pari sur le long terme, celui d’une indépendance numérique qui ne dépend plus du bon vouloir de capitales étrangères.

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Rédacteur chez industriel.net
Arnaud Delaunay couvre l'actualité des secteurs industriels de pointe, avec un intérêt particulier pour l'aéronautique, le spatial et les innovations technologiques. Il analyse les évolutions du marché, les avancées des industriels et les projets qui façonnent les technologies de demain. Pour enrichir ses recherches et optimiser la qualité de ses publications, il s'appuie sur l'intelligence artificielle, tout en réalisant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale avant chaque mise en ligne.
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