Airbus et Air Canada lancent un fonds d’investissement de 200 millions de dollars canadiens pour financer la production de carburants d’aviation durables en Amérique du Nord.
L’avionneur européen et la compagnie canadienne viennent de sceller un partenariat stratégique centré sur les SAF (Sustainable Aviation Fuels). Le fonds créé servira à investir dans des projets de production de carburants issus de déchets organiques, d’huiles usagées ou de biomasse. Airbus apporte 100 millions de dollars canadiens, Air Canada autant. L’objectif affiché : soutenir l’émergence d’une filière nord-américaine capable de répondre à la demande croissante des compagnies aériennes.
Le montant place cette initiative parmi les plus ambitieux coups portés par un constructeur dans le SAF. Airbus multiplie les accords depuis trois ans pour sécuriser l’approvisionnement de ses clients. Air Canada, de son côté, s’est engagée à incorporer 10 % de SAF dans ses opérations d’ici 2030. La compagnie exploite déjà une flotte d’A220 et d’A321XLR, appareils conçus pour voler avec des mélanges pouvant atteindre 50 % de SAF sans modification technique.
Une filière encore embryonnaire en Amérique du Nord
La production de carburant durable reste marginale : elle représente moins de 1 % de la consommation mondiale de kérosène. En Amérique du Nord, seules quelques unités sont opérationnelles, notamment celle de World Energy en Californie. Le fonds Airbus-Air Canada vise à financer de nouvelles capacités, principalement par conversion d’installations existantes ou construction de raffineries dédiées. Les premiers versements interviendront d’ici fin 2026, selon les deux partenaires.
Le SAF coûte actuellement entre deux et quatre fois plus cher que le kérosène fossile. Les réglementations européennes et nord-américaines imposent pourtant des taux d’incorporation croissants : 2 % en Europe dès 2025, 6 % en 2030, jusqu’à 70 % en 2050. Airbus anticipe une demande de plusieurs dizaines de millions de tonnes par an d’ici le milieu du siècle. Sans accélération des investissements, l’écart entre offre et demande risque de paralyser la croissance du trafic aérien.
Boeing et les motoristes aussi sur le terrain
Airbus n’est pas seul sur ce créneau. Boeing a signé en 2025 un accord similaire avec United Airlines, doté de 100 millions de dollars. Safran et General Electric, via CFM International, ont multiplié les essais en vol avec des mélanges 100 % SAF sur les moteurs Leap. Rolls-Royce travaille de son côté avec Virgin Atlantic pour certifier ses Trent sur des formulations synthétiques. La course est lancée : celui qui sécurisera le premier des volumes importants de SAF à prix compétitif disposera d’un avantage décisif face aux régulateurs et aux clients.
Le calendrier demeure serré. Les premières commandes d’A350 et d’A321XLR livrés en 2027 devront pouvoir s’approvisionner en SAF dès leur mise en service. Air Canada prévoit d’utiliser ce carburant sur ses lignes long-courriers transatlantiques, où la pression réglementaire est la plus forte. Le fonds permettra aussi de tester de nouvelles filières, comme les carburants synthétiques produits par capture de CO₂, encore au stade pilote mais prometteurs à long terme.
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