Le réacteur nucléaire de Flamanville (Manche) a franchi mercredi 18 août le seuil de 80 % de sa puissance nominale, une étape attendue avant la pleine charge prévue d’ici fin novembre 2026.
EDF l’a annoncé ce matin : le réacteur de troisième génération, premier EPR couplé au réseau français depuis 25 ans, a tourné pour la première fois à 80 % de ses capacités. Les équipes vont désormais mener une série d’essais à ce palier avant de demander à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) l’autorisation de monter jusqu’à 100 %.
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Lors d’un point presse, Sébastien Miossec, directeur délégué production d’EDF, a confirmé l’objectif : atteindre la puissance maximale « toujours avant la fin de l’automne ». L’électricien maintient le cap malgré le décalage déjà constaté : en août dernier, EDF espérait franchir ce seuil avant la fin de l’été.
Un arrêt programmé de 350 jours dès le 26 septembre
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Autre annonce du jour : le réacteur sera mis à l’arrêt complet à partir du 26 septembre 2026, pour une durée de 350 jours. Cette immobilisation correspond à la première « visite complète » réglementaire, qui doit intervenir 30 mois après le premier chargement de combustible. « C’est le cas pour Flamanville 3 comme pour l’ensemble des réacteurs du parc nucléaire dans son histoire », précise Sébastien Miossec.
Pendant cette période, quelque 20 000 activités seront réalisées sur le site, avec 200 partenaires industriels mobilisés pour des opérations de maintenance et, le cas échéant, des modifications techniques. L’occasion aussi de renouveler le combustible d’uranium.
Le couvercle de la cuve remplacé à la demande de l’ASNR
Parmi les interventions programmées figure le remplacement du couvercle de la cuve, concerné par des anomalies connues de longue date. L’opération, demandée par l’ASNR, « a déjà été réalisée dans le passé du parc nucléaire et nous la maîtrisons », assure le directeur délégué production. Un geste qui illustre le poids des exigences de sûreté sur un chantier marqué par les aléas.
Pourquoi cet arrêt d'un an dès septembre 2026
Raccordé en décembre 2024 après 12 ans de retard
L’EPR de Flamanville a été raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024, avec 12 ans de retard sur le calendrier initial. Entre-temps, le chantier a connu une succession de déboires techniques : défauts de soudure, problèmes de conformité, fissures dans l’acier de la cuve. Le réacteur a même été arrêté quatre mois cette année, entre mi-juin et mi-octobre, après la découverte d’une fuite sur des soupapes.
Le coût du projet a explosé. Estimé initialement à 3,3 milliards d’euros, il s’établit désormais autour de 20 milliards d’euros aux conditions économiques de 2015, voire 23,7 milliards aux conditions de 2023. Un gouffre financier qui pèse sur la stratégie nucléaire française et sur les perspectives des futurs EPR2 prévus par EDF.
La montée en charge, étape par étape
Depuis son couplage au réseau fin 2024, le réacteur monte progressivement en puissance. Chaque palier franchit fait l’objet d’essais approfondis avant passage au suivant, sous le contrôle de l’ASNR. Le cap des 80 % marque une avancée significative : il permet de tester l’installation dans des conditions proches de son régime nominal, tout en gardant une marge de sécurité.
Reste à franchir les 20 % restants d’ici fin novembre. Un calendrier serré, compte tenu de l’arrêt programmé fin septembre. Si EDF tient son engagement, l’EPR aura tourné à pleine puissance quelques semaines seulement avant sa première visite décennale.
EPR de Flamanville : jalons du chantier
- Premier réacteur nucléaire couplé au réseau français depuis 25 ans
- Raccordement effectif le 21 décembre 2024, avec 12 ans de retard
- Coût estimé entre 20 et 23,7 milliards d’euros selon les conditions économiques
- Arrêt de quatre mois en 2026 (mi-juin à mi-octobre) pour fuite sur des soupapes
- Visite complète de 350 jours prévue à partir du 26 septembre 2026
- 20 000 activités de maintenance programmées, 200 partenaires industriels mobilisés
Enjeux autour de l’EPR de Flamanville
Fiabilité opérationnelle
La montée en charge se déroule étape par étape, sous surveillance de l’ASNR. Chaque palier fait l’objet d’essais avant autorisation de poursuivre.
Dérive budgétaire
De 3,3 milliards d’euros initiaux à près de 24 milliards : l’explosion des coûts pèse sur la stratégie nucléaire française et la crédibilité des futurs EPR2.
Contribution au réseau
Une fois à pleine puissance, l’EPR fournira 1 650 MW. Un apport attendu dans un contexte de relance du nucléaire et de tensions sur l’approvisionnement électrique.
Maintenance lourde dès septembre
La visite complète de 350 jours, obligatoire 30 mois après le chargement, immobilisera le réacteur jusqu’à l’été 2027. Le remplacement du couvercle de cuve figure au programme.
Retour d’expérience pour les EPR2
Les enseignements tirés du chantier de Flamanville conditionnent la faisabilité technique et économique des six EPR2 annoncés par l’État.
EPR Flamanville : calendrier et chiffres clés
- L'EPR de Flamanville a atteint 80 % de sa puissance nominale le 18 août 2026
- Le réacteur sera arrêté 350 jours à partir du 26 septembre pour sa première visite complète
- EDF vise 100 % de puissance d'ici fin automne 2026, sous réserve d'autorisation de l'ASNR
- Le coût du projet atteint 23,7 milliards d'euros aux conditions de 2023, contre 3,3 milliards initialement
- Le couvercle de la cuve sera remplacé pendant l'arrêt, à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire
- 20 000 activités de maintenance mobiliseront 200 partenaires industriels durant l'arrêt