Le ministre de l’Économie annonce des assises en septembre et une doctrine écrite d’ici fin 2026 pour structurer la défense économique française.
Roland Lescure a saisi la remise d’un rapport parlementaire pour annoncer un calendrier précis. Assises de la sécurité économique en septembre, puis rédaction d’une doctrine complète confiée au Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (Sisse) avant le 31 décembre 2026. L’objectif : poser noir sur blanc ce que la France entend par « autonomie stratégique » et les leviers qu’elle se donne pour la défendre. Les députés Christophe Plassard, Jean-Louis Thiériot et Charles Rodwell, auteurs du rapport remis au gouvernement, ont employé la formule « changement radical de posture ». Ils veulent que la sécurité économique devienne un objet politique assumé, avec quatre piliers : contrôle des investissements étrangers, lutte contre l’espionnage industriel, cybersécurité et souveraineté technologique.
Le ministre de l’Économie a martelé que la sécurité économique ne se résumait plus à surveiller les prises de participation venues de l’étranger. Le dispositif IEF (investissements étrangers en France) continue de s’appliquer dès 10 % du capital pour les sociétés cotées, 25 % pour les non cotées dans les secteurs stratégiques, mais le périmètre s’élargit. L’espionnage industriel, les attaques informatiques et les rapports de force sur les marchés technologiques entrent dans le champ.
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Un arsenal « structuré » mais insuffisant
Le rapport parlementaire juge l’arsenal français « outillé et structuré », mais insuffisant face aux nouvelles formes de pression. Les trois députés citent l’exemple d’Anthropic, entreprise américaine d’intelligence artificielle à qui Washington peut ordonner de retirer ses modèles les plus récents des marchés étrangers. Pour les parlementaires, ce type de décision illustre la nécessité d’une doctrine stratégique explicite, largement diffusée, qui permette de répondre vite et de manière cohérente. Cette doctrine viendra compléter le travail déjà engagé par le Sisse, qui détecte et traite les menaces, et la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, qui vise à faire de la France une « puissance cyber » capable de protéger ses institutions et son économie.
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Concrètement, le Sisse sera en première ligne pour rédiger ce texte. Le service, créé en 2022 au sein de Bercy, centralise déjà les remontées d’incidents et coordonne les réponses. La doctrine qu’il va produire aura vocation à être opposable : elle dira ce qui relève de la souveraineté industrielle, ce qui justifie un refus d’investissement étranger, ce qui déclenche une enquête pour espionnage, et dans quels délais.
Fonds de pension : la piste explosive refait surface
Le rapport parlementaire ne se contente pas d’outils de contrôle. Il place au centre une capacité accrue d’investissement dans les secteurs clés. Les trois députés appellent à une réforme systémique des retraites intégrant une « mécanique de capitalisation ». Concrètement, il s’agirait de créer des fonds de pension alimentés par l’épargne longue des ménages et des institutions, sur le modèle des grands véhicules anglo-saxons, mais avec une allocation ciblée vers les secteurs jugés stratégiques. Défense, semi-conducteurs, intelligence artificielle, santé : les parlementaires veulent flécher cet argent pour réduire la dépendance aux capitaux étrangers.
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La proposition s’inscrit dans un mouvement déjà engagé. En mars 2026, Roland Lescure a relancé publiquement le débat sur des fonds de pension « à la française », lors d’une réunion avec des investisseurs chez Euronext. Il a reconnu que le terme restait « un gros mot » en France, mais a assumé un calendrier de discussion pour 2027. La France dispose déjà d’instruments d’épargne longue liés aux retraites, comme le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), qui gère des réserves pour financer les régimes à long terme. Mais le mandat du FRR reste limité par rapport aux grands fonds de pension étrangers, ce qui explique la volonté de créer des outils explicitement dédiés à la souveraineté industrielle.
Le sujet reste explosif politiquement. Toute réforme intégrant une part de capitalisation dans le système de retraite par répartition suscite des oppositions immédiates. Mais les auteurs du rapport estiment que l’urgence industrielle justifie de rouvrir le débat. Ils considèrent que sans capacité d’investissement domestique massive, le contrôle des participations étrangères restera un exercice défensif, incapable de financer les champions industriels de demain.
Quatre piliers de la doctrine en préparation
Espionnage industriel : une incrimination pénale spécifique
Le rapport recommande de « compléter l’arsenal d’intervention » par la création d’une incrimination pénale spécifique pour espionnage industriel. Aujourd’hui, ce type de comportement est poursuivi sous des qualifications générales (vol de secrets, abus de confiance), qui ne reflètent pas l’ampleur du préjudice ni la dimension stratégique. Les parlementaires veulent un délit autonome, avec des peines dissuasives et des moyens d’enquête renforcés. Ils pointent des affaires récentes où des entreprises françaises ont perdu des années de R&D au profit de concurrents étrangers, sans que les auteurs ne soient véritablement sanctionnés.
Le rapport plaide aussi pour un durcissement des droits de l’État en matière d’intervention économique. Les auteurs proposent de donner à l’État la possibilité d’acquérir temporairement des participations dans des entreprises stratégiques menacées, sans passer par les procédures de nationalisation classiques. Une sorte de droit de préemption élargi, activable en cas de risque identifié par le Sisse. Le texte cite des exemples récents où des acteurs étrangers ont pris le contrôle de technologies françaises sensibles, faute de capacité d’intervention rapide de l’État.
La doctrine attendue pour fin 2026 devra trancher sur ces points. Les assises de septembre serviront à consulter les acteurs économiques, les industriels et les services de renseignement. Le Sisse aura ensuite trois mois pour produire un texte qui engage l’État. Le calendrier est serré, mais Roland Lescure a insisté sur l’urgence : les menaces s’accélèrent, les technologies évoluent vite, et la France ne peut plus se contenter d’un empilement de dispositifs sectoriels. La sécurité économique devient un impératif politique, avec des outils offensifs et non plus seulement défensifs.
| Type de société | Seuil de participation |
|---|---|
| Sociétés cotées (secteurs stratégiques) | 10 % du capital |
| Sociétés non cotées (secteurs stratégiques) | 25 % du capital |
Source : rapport parlementaire sur la sécurité économique, juillet 2026
Les auteurs du rapport insistent sur un point : la sécurité économique ne doit plus être perçue comme une contrainte, mais comme une politique industrielle active. Le contrôle des investissements, la lutte contre l’espionnage et la cybersécurité ne suffisent pas. Il faut des capitaux, des champions, une capacité à investir massivement dans les secteurs qui détermineront la souveraineté de demain. Les fonds de pension, malgré leur charge politique, reviennent dans le débat parce qu’ils offrent une réponse structurelle à cette question. Le calendrier 2027 annoncé par Roland Lescure laisse peu de doutes : le sujet sera sur la table, qu’il plaise ou non.
Sécurité économique : échéances et outils clés
- Assises de la sécurité économique prévues en septembre 2026, suivies d'une doctrine écrite d'ici fin 2026
- Le Sisse (Service de l'information stratégique et de la sécurité économiques) pilotera la rédaction
- Les députés Plassard, Thiériot et Rodwell recommandent une incrimination pénale spécifique pour espionnage industriel
- Le rapport parlementaire propose des fonds de pension « à la française » orientés vers la souveraineté industrielle
- Roland Lescure a relancé le débat sur les fonds de pension en mars 2026, avec un calendrier de discussion pour 2027