Quatre attaques informatiques en quatre mois : 31,4 millions de comptes compromis dans des fichiers de l’État. La sécurité des données personnelles devient un enjeu de souveraineté.
Le fichier des comptes bancaires piraté en janvier, 1,2 million de comptes exposés. Cegedim Santé en février, 15 millions de patients. EduConnect le 12 avril, 3,5 millions d’élèves mineurs. France Titres trois jours plus tard, 11,7 millions de comptes compromis. Entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 avril 2026, les infrastructures publiques ont encaissé une vague d’intrusions sans précédent. Le premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu un rythme de trois vols de données par jour depuis le début de l’année.
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La feuille de route de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, publiée le 9 avril, admet la « persistance de vulnérabilités graves » dans les systèmes de l’État. Quatre mois, quatre brèches majeures : le constat dresse le portrait d’une administration aux défenses numériques lacunaires, incapable de protéger les citoyens qu’elle administre.
200 millions d’euros et un plancher de 5 % pour la cybersécurité
Face à la série noire, le gouvernement a réagi. Le 30 avril, Sébastien Lecornu a annoncé la fusion des deux directions du numérique de l’État, le déblocage de 200 millions d’euros via le programme France 2030, et l’instauration d’un plancher de 5 % des budgets numériques ministériels consacré à la cybersécurité à partir de 2027. Ces mesures reconnaissent une dette technique trop longtemps ignorée.
Mais la députée Horizons Marie-Agnès Poussier-Winsback, vice-présidente de l’Assemblée nationale, pointe une autre faille : l’absence de dispositif pour protéger les Français dont les données ont déjà été volées. « Le contrat numérique entre l’État et le citoyen ne peut pas être à sens unique », écrit-elle dans une tribune publiée le 28 mai. Les victimes d’usurpation d’identité se retrouvent prises dans un engrenage administratif sans protection ni accompagnement.
La défense du citoyen en question
Les 31,4 millions de comptes compromis représentent près de la moitié de la population française. L’enjeu dépasse la seule technique : il pose un problème de défense du citoyen. Lorsque les services publics exigent la dématérialisation des démarches, la sécurisation des données devient une contrepartie non négociable. Les annonces du 30 avril marquent une prise de conscience, mais ne répondent pas au sort des millions de Français dont les informations circulent déjà sur des forums clandestins.
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La cybersécurité des administrations s’apparente désormais à un impératif de souveraineté. Le secteur peine à recruter, faute de formations dédiées. Les entreprises spécialisées dans le hacking éthique, comme BZHunt à Brest, recherchent des profils capables de traquer les vulnérabilités. Elyse Ruyssen, 18 ans, vient d’y débuter un apprentissage après avoir attiré l’attention par ses performances en compétitions en ligne. Le vivier existe, mais la France accuse un retard structurel face à la massification des attaques.
Le plancher de 5 % des budgets numériques ministériels constitue une première étape. Encore faut-il que les administrations rattrapent les vulnérabilités accumulées et reconstruisent la confiance d’un citoyen sommé de tout dématérialiser sans garantie de protection.
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