En deux jours, Airbus et Boeing ont signé près de 300 commandes à Farnborough, confirmant le rebond du trafic aérien mondial et la solidité des carnets jusqu’à 2030.
À une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres, le salon de Farnborough accueille cette semaine le gratin de l’aéronautique mondiale. Tous les deux ans, en alternance avec Le Bourget, l’événement permet de prendre le pouls d’un secteur sous tension, entre flambée géopolitique et volatilité du kérosène. Cette édition marque un regain net de confiance : les carnets se remplissent, les deux géants s’affrontent à coups de contrats, et les analystes relèvent un élément discret mais déterminant, la stabilisation de la chaîne d’approvisionnement.
Depuis lundi, Airbus et Boeing multiplient les annonces. L’européen a vendu six A350-1000 à Riyadh Air, une centaine d’A320neo au loueur SMBC Aviation Capital, neuf autres A350-1000 à Philippine Airlines, un drone Flexrotor au Canada, huit hélicoptères à l’Arabie Saoudite et deux autres à la police britannique. Jeudi soir, Airbus a sorti l’artillerie : un programme de rachats d’actions de 5 milliards d’euros sur trois ans, déclenchant un bond du titre.
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En face, Boeing répond trait pour trait. L’américain signe 28 Dreamliner avec Riyadh Air, cent 737 MAX avec SMBC Aviation Capital, quinze 787-10 pour Philippine Airlines, cinq 777-8 Freighter avec MSC Air Cargo, huit 737 MAX et Dreamliner pour Uganda Airlines, et quinze Dreamliner supplémentaires avec AerCap.
| Avionneur | Commandes |
|---|---|
| Boeing | 180 |
| Airbus | 119 |
| Total | ~300 |
Source : données salon Farnborough 2026, via TradingSat
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Des carnets pleins jusqu’aux années 2030
Le total de 300 commandes reste en deçà des attentes les plus optimistes, mais RBC tempère : les deux avionneurs affichent déjà des carnets remplis jusqu’aux années 2030. « Le sentiment positif des investisseurs montre que tout repose désormais sur l’exécution », indique l’analyste de la banque. Airbus comme Boeing anticipent un doublement du trafic aérien mondial d’ici 2045, et la demande reste solide à la fois dans le civil et la défense.
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Ce que RBC met surtout en lumière, c’est la confiance retrouvée sur la chaîne d’approvisionnement. Ken Herbert, analyste de la banque, le formule ainsi : « Nous sommes encore loin de pouvoir crier victoire, mais l’industrie affiche davantage de confiance et le risque de mauvaises surprises semble désormais plus limité. » Après des mois de tensions sur les livraisons de pièces, les cadences et les délais, les industriels respirent. L’après-vente aéronautique se montre également dynamique et pourrait, selon RBC, « être source de bonnes surprises ».
Rolls-Royce en quête de financements, Londres rechigne
Un salon comme Farnborough sert aussi de forum politique. Tufan Erginbilgi, le patron de Rolls-Royce, en a profité pour réclamer des financements publics destinés à une nouvelle génération de réacteurs de petite taille, pensés pour équiper les futurs remplaçants des 737 MAX et A320. Problème : le gouvernement britannique manque de ressources, et finance déjà l’essentiel de la R&D défense du groupe.
Pierre-Yves Gauthier et Saïma Hussain, analystes qui suivent le dossier, jugent la démarche « singulière » et avertissent qu’elle « risque bientôt de devenir inacceptable ». Le CEO de Rolls-Royce menace de « s’installer à l’étranger » si l’État ne suit pas. Les deux spécialistes tranchent : « Rolls-Royce n’existerait pas sans le Royaume-Uni ; son PDG va donc un peu trop loin. » La tentative tombe à plat, et ramène le motoriste à la réalité budgétaire britannique.
Pourquoi ce salon marque un tournant
Un duel de chiffres qui masque l’enjeu d’exécution
Le face-à-face Airbus-Boeing continue de fasciner, mais les observateurs du secteur insistent : la bataille se gagne désormais sur les cadences de production et la fiabilité des livraisons. Les carnets débordent, les compagnies réclament leurs appareils, et les deux industriels naviguent encore dans une zone de risque industriel. Les tensions géopolitiques ajoutent une couche d’incertitude, notamment sur l’accès aux matières premières et aux composants critiques.
L’édition 2026 de Farnborough valide toutefois une dynamique : le trafic aérien ne s’affaisse pas, les compagnies investissent, et la confiance remonte dans la supply chain. Reste à transformer ces contrats en livraisons effectives. C’est là que se jouera, dans les trois prochaines années, la crédibilité des deux géants face à leurs clients.
Farnborough 2026 : les chiffres du duel aérien
- Airbus a annoncé un programme de rachats d'actions de 5 milliards d'euros sur trois ans, faisant bondir le titre en Bourse
- Boeing et Airbus anticipent tous deux un doublement du trafic aérien mondial d'ici 2045
- Les carnets de commandes des deux avionneurs sont déjà remplis jusqu'aux années 2030, selon RBC
- Le CEO de Rolls-Royce réclame des financements publics britanniques pour développer une nouvelle génération de réacteurs de petite taille
- L'activité après-vente aéronautique affiche un dynamisme qui pourrait générer de bonnes surprises, estime RBC