L’intelligence artificielle ne touche pas tous les métiers à la même vitesse. Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq) a passé au crible 180 professions : près d’un quart d’entre elles subissent déjà une transformation profonde, quand d’autres restent à l’écart.
Les chiffres de l’étude publiée cette semaine dessinent une ligne de fracture nette. 24 % des métiers en France sont jugés fortement exposés à l’IA, un pourcentage qui grimpe à 30 % pour les professions qualifiées. Les cadres administratifs, les informaticiens et les ingénieurs figurent en tête de liste. En face, 40 % des professions demeurent peu ou pas concernées : aides à domicile, maçons, ouvriers du bâtiment, métiers de la sécurité.
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L’exposition ne se mesure pas uniquement par la nature des tâches. Le Cereq a isolé trois dimensions : la substituabilité (l’IA peut-elle remplacer l’humain ?), l’augmentation (l’IA peut-elle enrichir le travail ?) et l’incertitude (le métier est-il encore en pleine mutation ?). Résultat : les métiers administratifs, commerciaux et de gestion cumulent les trois risques. “Les professions intellectuelles et les cadres sont en première ligne”, résume l’étude.
Les métiers manuels et relationnels épargnés
À l’opposé, les métiers de services à la personne, les ouvriers non qualifiés du bâtiment et les agents de sécurité affichent une exposition quasi nulle. Leur point commun : ils mobilisent des compétences relationnelles, manuelles ou situationnelles que l’IA peine encore à reproduire. “L’automatisation bute sur la complexité du geste technique et sur la dimension humaine du contact”, note le rapport.
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Les femmes apparaissent globalement plus exposées que les hommes. 28 % des professions féminisées sont classées à haut risque, contre 20 % des professions masculines. En cause : la surreprésentation des femmes dans les fonctions administratives et commerciales, deux secteurs où l’IA progresse vite. Les jeunes actifs, eux, cumulent deux handicaps : ils entrent sur un marché du travail déjà transformé et occupent souvent des postes intermédiaires, les plus susceptibles d’évoluer rapidement.
Embauches et mobilité : les entreprises en ordre dispersé
Sur le terrain des recrutements, les stratégies divergent. Les grandes entreprises du numérique et de la finance multiplient les postes liés à l’IA : data scientists, ingénieurs machine learning, spécialistes de l’éthique algorithmique. En parallèle, certaines fonctions support voient leurs effectifs stagner ou baisser. Les cabinets de conseil en RH rapportent une montée des demandes de reconversion, notamment chez les cadres intermédiaires.
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Le Cereq pointe aussi une dynamique de polarisation. Les métiers très qualifiés et ceux peu qualifiés mais non automatisables résistent. Entre les deux, les professions intermédiaires subissent une pression accrue. “L’enjeu n’est pas seulement le volume d’emplois, c’est la répartition des compétences et l’accès à la formation”, souligne l’étude.
Les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’artisanat restent pour l’instant peu concernés. Mais le rapport rappelle que cette photographie date de 2026 : les technologies évoluent vite, et ce qui paraît hors d’atteinte aujourd’hui peut devenir banal demain. L’incertitude, conclut le Cereq, constitue elle-même un facteur d’exposition.