Trois ans d’efforts portent leurs fruits : la centrale du Blayais, longtemps épinglée pour ses défaillances en matière de sûreté nucléaire, rejoint en 2025 la moyenne du parc français.
Depuis 2022, le Blayais faisait figure de mauvais élève. Bilan après bilan, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) pointait la faible capacité du site à prévenir et gérer les incidents. En réaction, EDF a déployé le plan « Redonnons des couleurs au Blayais ». À la lecture du dernier bilan annuel de l’ASNR, publié début 2026, les membres de la direction ont dû en retrouver quelques-unes. Le gendarme du nucléaire évalue que les performances de conduite de la centrale se situent désormais dans la moyenne observée pour les autres sites d’EDF en 2025, au même titre que les deux centrales du Sud-Ouest, Civaux et Golfech.
Sur le volet sûreté, là où les équipes girondines avaient fait défaut ces dernières années, « les performances de la centrale ont nettement progressé en 2025, notamment dans la maîtrise du risque incendie et en matière de maintenance des installations, après une dégradation constatée entre 2022 et 2024 », lit-on dans le rapport. L’ASNR note aussi une baisse de l’importance et du nombre d’événements significatifs. Quelques bémols persistent néanmoins. Côté production, « les performances dans la conduite des réacteurs sont en cours d’amélioration », indiquent les représentants. Au niveau de la radioprotection, c’est-à-dire la capacité à protéger les équipes contre les rayons ionisants —, des « difficultés chroniques dans le respect des fondamentaux » sont encore observées.
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Sommaire
Un plan structurel déployé pendant le grand carénage
Le programme de redressement a été échafaudé par la direction du site alors que les quatre réacteurs logés au bord de l’estuaire de la Gironde font l’objet d’un grand carénage étendu sur la décennie. Le plan d’amélioration se compose de plusieurs angles d’attaque : les ressources humaines, les compétences, les installations et l’efficacité opérationnelle. Une architecture multiforme qui s’inscrit dans un calendrier industriel intense. D’après les informations disponibles, la première visite partielle augmentée est prévue sur le réacteur n° 1 dès l’été 2026, et elles se poursuivront au rythme d’un réacteur par an jusqu’en 2029 [1]. L’enjeu : tenir la cadence des interventions pour éviter tout retard et clore une décennie de grand carénage, de 2022 à 2029.
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Les inspecteurs de l’ASNR ont pu apprécier ces changements en juin 2025, lors d’une inspection de revue qui s’est étalée sur cinq jours. Leur mission : appréhender les changements structurels impulsés par EDF pour éviter les erreurs à répétition. Dans le bilan de la visite, il est mentionné : « Les inspecteurs n’ont relevé que peu de faiblesses marquantes, même si des efforts restent à faire sur le pilotage du plan de contrôle interne (PCI), le portage des exigences en matière de sécurité du travail par tous les agents, l’implication des consultants facteurs humains (CFH) au plus tôt dans les analyses des événements et dans les transformations organisationnelles du site ainsi que sur la charge de travail de certaines populations de la conduite. » De quoi faire revenir le Blayais dans la norme, même si l’autorité gardera un œil particulier sur cette dynamique.
| Paire de tranches | Puissance nette moyenne | Mise en service | Coût construction (M€ 2010) | Coût par MW (€ 2010) |
|---|---|---|---|---|
| Fessenheim 1.2 | 1 780 MW | Février 1978 | 1 488 | 835 955 |
| Bugey 2.3 | 1 840 MW | Mars 1979 | 1 630 | 885 869 |
| Bugey 4.5 | 1 800 MW | Octobre 1979 | 1 619 | 899 444 |
| Tricastin 1.2 | 1 840 MW | Décembre 1980 | 2 191 | 1 190 760 |
| Tricastin 3.4 | 1 840 MW | Août 1981 | 1 512 | 821 739 |
| Blayais 1.2 | 1 830 MW | Juillet 1982 | 2 185 | 1 194 535 |
| Blayais 3.4 | 1 820 MW | Octobre 1983 | 2 032 | 1 116 483 |
| Dampierre 1.2 | 1 800 MW | Novembre 1980 | 2 109 | 1 171 667 |
| Dampierre 3.4 | 1 800 MW | Août 1981 | 1 575 | 875 000 |
Source : Cour des comptes, rapport 2012
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Ce qui change pour la centrale girondine
Un retour à la moyenne qui tombe à pic
Il était sérieusement temps de relever la barre pour le site. La préfecture et le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine ont en effet remis leur dossier au PDG d’EDF Bernard Fontana le 24 juin dernier : le Blayais candidate à accueillir deux EPR 2, ces réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Un véritable concours territorial s’est engagé entre plusieurs sites en France, et afficher des performances de sûreté conformes constitue un prérequis incontournable pour figurer parmi les candidats crédibles.
« Les difficultés ont fait l’objet de beaucoup d’échanges entre la direction du site et la division territoriale de l’ASNR. EDF a mis en place pas mal de plans d’actions autour de la conduite des installations, sur la maintenance, sur la gestion incendie aussi où ils ont accru leur présence sur le terrain », note Séverine Lonvaud, cheffe du pôle « Réacteurs à eau pressurisée ». Ce suivi rapproché témoigne de l’attention portée par l’autorité aux sites qui ont connu des périodes de fragilité. Le Blayais, par son historique de construction et son rôle dans le mix énergétique national, reste un acteur stratégique du parc français. Son redressement illustre aussi la capacité d’EDF à corriger les dérives quand la pression réglementaire et l’enjeu industriel se conjuguent.
Les prochains mois seront décisifs. La perspective de cinquième visite décennale est déjà en ligne de mire [1]. Sans se reposer sur ses lauriers, le site devra confirmer cette trajectoire de redressement, tout en tenant la cadence du grand carénage. La rigueur attendue pour durer au-delà de soixante ans impose de ne jamais relâcher l’effort, notamment sur les fondamentaux de radioprotection encore fragiles. Le Blayais a retrouvé des couleurs, mais la palette reste à compléter.
Blayais : les étapes du redressement
- Le Blayais retrouve en 2025 la moyenne du parc EDF en matière de sûreté
- Le plan « Redonnons des couleurs au Blayais » a été déployé dès 2022
- L'ASNR note une nette amélioration sur le risque incendie et la maintenance
- Des difficultés persistent en radioprotection et sur les fondamentaux de sécurité du travail
- Le site candidate à accueillir deux EPR 2, dossier remis en juin 2025
- Le grand carénage s'étend jusqu'en 2029 avec une visite par réacteur et par an
Sources
1 source · 2 faits sourcés
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