L’Autorité de sûreté nucléaire vient d’autoriser le réacteur EPR de Flamanville à fonctionner à pleine puissance, six mois après son raccordement au réseau.
Le 15 août 2026, l’ASN a donné son feu vert pour que l’EPR de Flamanville atteigne les 1 650 mégawatts. L’autorisation intervient au terme d’une phase d’essais pendant laquelle le réacteur a progressivement monté en puissance depuis son couplage au réseau électrique en février. EDF peut désormais exploiter l’installation à sa capacité nominale.
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L’ASN conditionne cette autorisation au respect strict des exigences de sûreté définies dans le référentiel applicable aux réacteurs à eau pressurisée de troisième génération. Le gendarme du nucléaire rappelle qu’il continuera de surveiller l’exploitation du site et de contrôler les opérations de montée en charge.
Un chantier de dix-sept ans pour le premier EPR français
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Le réacteur de Flamanville a été raccordé au réseau le 21 février 2026. Sa construction avait démarré en 2007. Le projet a accumulé les retards et les surcoûts : initialement prévu pour 2012 avec un budget de 3,3 milliards d’euros, le chantier aura finalement coûté plus de 13 milliards. Les difficultés techniques se sont enchaînées, de la cuve du réacteur aux soudures du circuit secondaire.
Entre février et août, EDF a conduit les essais de montée en puissance par paliers. Le réacteur a d’abord fonctionné à 25 % de sa capacité, puis 50 %, avant d’atteindre 75 % en juillet. Ces paliers permettent de vérifier le comportement de l’installation dans différentes configurations de fonctionnement et de valider les systèmes de sûreté.
1 650 MW pour alimenter deux millions de foyers
À pleine puissance, l’EPR de Flamanville produira environ 12 térawattheures par an, soit l’équivalent de la consommation électrique de deux millions de foyers. C’est le réacteur le plus puissant jamais construit en France. Il s’ajoute aux 56 réacteurs du parc existant, qui totalisent 61,4 gigawatts de capacité installée.
Le réacteur utilise la technologie EPR développée par Framatome, filiale d’EDF. Cette génération de réacteurs se distingue par un rendement supérieur et des systèmes de sûreté renforcés : quatre trains de sauvegarde indépendants, un récupérateur de corium en cas de fusion du cœur, une double enceinte de confinement. La durée de vie prévue atteint soixante ans, contre quarante pour les réacteurs du parc historique.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Puissance électrique | 1 650 MW |
| Production annuelle | 12 TWh |
| Raccordement réseau | 21 février 2026 |
| Autorisation pleine puissance | 15 août 2026 |
| Coût total | >13 Mds € |
| Durée de construction | 17 ans (2007-2024) |
Source : ASN, EDF
Ce que change l'EPR pour le parc nucléaire français
Un retour d’expérience pour les six EPR2 en projet
Le retour d’expérience de Flamanville alimente directement la conception des six réacteurs EPR2 que le gouvernement a décidé de construire. Ces réacteurs de nouvelle génération reprendront l’architecture de l’EPR en la simplifiant : moins de soudures, standardisation accrue des composants, process de construction optimisé. L’objectif affiché consiste à réduire les coûts de 30 % et les délais de construction de quatre ans.
EDF a déposé en 2023 la demande d’autorisation de création pour les deux premiers EPR2 à Penly, en Seine-Maritime. L’ASN examine actuellement le dossier. Le calendrier prévoit un démarrage des travaux en 2028 pour une mise en service en 2035. Quatre autres réacteurs suivront à Gravelines et Bugey.
La filière nucléaire française compte sur ces nouveaux projets pour reconstituer ses compétences. Le chantier de Flamanville a révélé l’érosion du savoir-faire industriel après quinze ans sans construction de réacteur en France. Plusieurs entreprises ont dû reformer des équipes, qualifier de nouveaux soudeurs, reconstituer des chaînes d’approvisionnement.
Un enjeu de souveraineté énergétique
L’EPR de Flamanville devient opérationnel alors que la France cherche à sécuriser son approvisionnement électrique. Le parc historique vieillit : vingt-quatre réacteurs auront plus de quarante ans en 2027. EDF conduit un vaste programme de grands carénages pour prolonger leur durée de vie à cinquante ans, voire soixante. Mais ces arrêts programmés réduisent temporairement la disponibilité du parc.
Le gouvernement table sur le nucléaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Les scénarios de RTE prévoient une production électrique totale de 600 à 750 térawattheures en 2050, contre 460 aujourd’hui. Le nucléaire devrait en assurer la moitié, aux côtés des renouvelables. D’où la relance du programme de construction.
Les prochaines étapes pour l’exploitation du site
L’autorisation de l’ASN ouvre la voie à l’exploitation commerciale du réacteur. EDF va désormais intégrer l’EPR dans son planning de production. Le site fournira de l’électricité en base, c’est-à-dire en continu, avec un taux de disponibilité visé de 90 % une fois la phase de rodage achevée.
L’ASN programmera des inspections régulières pour vérifier le respect des prescriptions de sûreté. Tous les dix ans, le réacteur fera l’objet d’un réexamen de sûreté complet, comme l’ensemble du parc français. Ces visites décennales donnent lieu à des arrêts prolongés pendant lesquels EDF remplace certains équipements et met à niveau les installations selon l’évolution de la doctrine de sûreté.
Le démarrage de Flamanville marque la fin d’une séquence industrielle difficile pour EDF. L’électricien peut désormais capitaliser sur cette première réalisation pour optimiser les projets suivants. Reste à démontrer que les leçons ont été tirées et que les EPR2 tiendront leurs promesses de coûts et de délais.
EPR Flamanville : les étapes clés du projet
- L'ASN autorise l'EPR de Flamanville à fonctionner à 1 650 MW depuis le 15 août 2026
- Le réacteur a été raccordé au réseau le 21 février 2026 après 17 ans de construction
- Six nouveaux réacteurs EPR2 sont prévus à Penly, Gravelines et Bugey d'ici 2050
- Le coût final du projet dépasse 13 milliards d'euros, quatre fois le budget initial
- Le retour d'expérience alimente la conception simplifiée des futurs EPR2
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