Le réacteur EPR de Flamanville 3 a atteint 100 % de puissance le 14 décembre 2025, douze ans après la date initialement prévue. Un jalon technique qui ne masque ni la dérive du chantier, ni les 24 milliards d’euros dépensés.
Dimanche 14 décembre 2025, à 11h37, le réacteur EPR de Flamanville 3 a produit 1 669 mégawatts de puissance électrique brute. C’est la première fois qu’un réacteur nucléaire français atteint ce niveau depuis vingt-cinq ans. Le réacteur normand, raccordé au réseau le 21 décembre 2024, franchit enfin le seuil des tests à pleine capacité après des années de montée en charge progressive. EDF a confirmé l’événement quelques jours après l’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection.
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Cette montée en puissance permettra de tester l’ensemble des équipements dans leurs conditions réelles de fonctionnement. Le programme prévoit des variations de charge pour valider les paliers intermédiaires. Une intervention technique sur un poste électrique interne est programmée, mais EDF a précisé qu’elle se déroulera sans déconnexion du réseau. La confiance affichée tranche avec les précédentes phases du chantier.
Un chantier devenu le symbole de la dérive française
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Le projet a démarré en 2007 avec un budget estimé à 3,3 milliards d’euros[1]. En 2025, la Cour des Comptes évalue la facture finale à près de 24 milliards. Soit une multiplication par sept du coût initial. Les retards se sont accumulés au fil des malfaçons détectées, des non-conformités relevées par l’ASNR et des défauts de soudure sur les circuits. Flamanville 3 devait entrer en service en 2012. Il aura fallu attendre fin 2024 pour le raccordement au réseau, et décembre 2025 pour la pleine puissance.
Le rapport Folz, remis à EDF en octobre 2019, avait qualifié le chantier d’« échec ». Pourtant, cet EPR reste une pièce centrale de la stratégie de relance nucléaire française. Il s’agit du premier nouveau réacteur en vingt-cinq ans, et du démonstrateur de la filière EPR2 promise par l’exécutif pour les années à venir. Sa capacité théorique suffit à alimenter deux millions de foyers.
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| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Année de démarrage du chantier | 2007 |
| Coût initial estimé | 3,3 milliards € |
| Coût final (Cour des Comptes, 2025) | ~24 milliards € |
| Retard accumulé | 12 ans |
| Raccordement au réseau | 21 décembre 2024 |
| Pleine puissance atteinte | 14 décembre 2025 |
| Puissance électrique brute | 1 669 MW |
350 jours d’arrêt programmé dès septembre 2026
Le réacteur ne produira pas longtemps à pleine capacité. Dès le 26 septembre 2026, il sera mis à l’arrêt pour une durée de 350 jours[2]. Cette interruption, obligatoire, correspond à la première visite complète réglementaire, imposée par l’ASNR au plus tard trente mois après le premier chargement du combustible. C’est un « check-up » intégral de l’installation, qui mobilisera 2 500 personnes et 200 partenaires industriels.
L’opération ne se limite pas à un contrôle de routine. Le couvercle de la cuve doit être remplacé, une exigence formulée par l’autorité de sûreté en 2017. Cette contrainte technique alourdit considérablement la complexité de l’arrêt. Sébastien Miossec, directeur délégué production d’EDF, avait précisé en novembre 2025 que cette visite revêt un caractère réglementaire identique à celui appliqué à l’ensemble du parc nucléaire historique[3].
Le délai de 350 jours s’est allongé au fil des années, sous l’effet des exigences croissantes de l’ASNR. Il représente une épreuve de crédibilité pour EDF : tenir ce calendrier sera scruté de près, tant en interne qu’à l’international. La filière EPR française joue une part de sa réputation sur cette opération.
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Un test de capacité industrielle et de souveraineté énergétique
L’EPR de Flamanville ne se résume pas à un dossier industriel. Il incarne la relance du nucléaire français décidée par l’État, et conditionne la suite du programme EPR2. Six réacteurs de nouvelle génération sont prévus d’ici 2035, avec une option pour huit supplémentaires. Or, la capacité d’EDF à tenir des délais stricts reste contestée. Flamanville 3 a connu des coupures à répétition depuis son raccordement fin 2024. Chaque arrêt alimente les doutes sur la fiabilité à long terme.
Le réacteur normand doit aussi démontrer qu’il peut produire de manière stable. Avec 1 669 MW de puissance brute, il devient le plus puissant du parc français. Mais cette performance n’a de sens que si elle s’inscrit dans la durée. Les tests à différents paliers de charge, prévus dans les semaines qui suivent l’atteinte de la pleine puissance, visent précisément à valider cette stabilité.
La mise en service de Flamanville 3 intervient dans un contexte de tension sur le réseau électrique. EDF doit composer avec le vieillissement de son parc, la multiplication des arrêts pour maintenance et les vagues de chaleur qui réduisent la disponibilité des réacteurs en bord de fleuve. L’EPR normand apporte un répit, mais un répit temporaire : dès septembre 2026, il disparaîtra du mix pour près d’un an.
Les leçons d’un chantier hors norme
Le projet de Flamanville a révélé des failles structurelles dans la filière nucléaire française. Malfaçons en série, défauts de soudure, non-conformités détectées tardivement, perte de compétences industrielles : les causes de la dérive sont documentées. Le rapport Folz pointait en 2019 une sous-estimation initiale de la complexité, doublée d’une gestion de chantier défaillante. EDF a dû revoir ses process, former des équipes et mobiliser des partenaires industriels à l’échelle européenne.
Ces erreurs pèsent aujourd’hui sur les perspectives de la filière EPR2. Le groupe a promis de tirer les leçons du chantier normand pour les futurs réacteurs. Mais la confiance se mesure aux actes. L’arrêt programmé de septembre 2026 constituera un premier test grandeur nature : EDF sera-t-il capable de respecter un calendrier de maintenance aussi serré, après avoir accumulé douze ans de retard sur la construction ?
Le coût final du projet, évalué à 24 milliards d’euros, restera une cicatrice dans les comptes de l’électricien. Mais au-delà des chiffres, c’est la crédibilité de la France sur le marché du nucléaire civil qui se joue. Flamanville 3 devait être une vitrine technologique. Il est devenu un cas d’école des dérives industrielles. Sa capacité à produire durablement, sans incident majeur, déterminera si cette page peut enfin se tourner.
EPR Flamanville 3 : les dates et chiffres clés
- Le réacteur EPR de Flamanville a atteint 100 % de puissance le 14 décembre 2025 à 11h37, après douze ans de retard
- Le coût total du projet atteint près de 24 milliards d'euros, contre 3,3 milliards prévus en 2007
- Un arrêt de 350 jours est programmé dès le 26 septembre 2026 pour une visite complète et le remplacement du couvercle de la cuve
- Flamanville 3 est le premier réacteur nucléaire français à démarrer depuis vingt-cinq ans
- Le réacteur peut alimenter théoriquement deux millions de foyers avec ses 1 669 MW de puissance brute
- L'opération de maintenance de 2026 mobilisera 2 500 personnes et 200 partenaires industriels
Sources
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