New Delhi a approuvé l’acquisition de 114 Rafale pour 33 milliards d’euros, mais exige qu’une majorité soit assemblée en Inde. Une condition inédite que Paris est prêt à accepter.
Le 12 février, le Conseil d’acquisition de défense indien a validé l’achat de 114 Rafale supplémentaires auprès de Dassault Aviation, pour un montant de 3 250 milliards de roupies. Ce contrat viendrait s’ajouter aux 36 appareils livrés à l’armée de l’air indienne depuis 2019 et aux 26 versions navales commandées pour la marine. Mais cette fois, la clause change : le ministère de la Défense indien précise que « la majorité » des jets sera fabriquée sur place.
Des sources gouvernementales indiennes évoquent jusqu’à 90 avions produits localement sur les 114. Un niveau de transfert industriel jamais accordé par la France sur le Rafale. Paris exportait jusqu’ici des cellules assemblées à Mérignac ou en Grèce, avec au mieux quelques sous-ensembles localisés. L’Inde force un changement de doctrine.
Macron mise sur le partenariat stratégique
Lors de sa visite à New Delhi du 17 au 19 février, Emmanuel Macron a confirmé que la France était disposée à franchir le pas. « Ce que nous voulons faire, c’est élargir. L’Inde a confirmé il y a quelques jours sa volonté de commander un nouveau lot de Rafale… 114… et de les co-produire en Inde », a-t-il déclaré à la presse. Le président a qualifié le Rafale de « clé absolue » du partenariat de défense franco-indien, espérant répliquer le modèle sur d’autres programmes, notamment les sous-marins.
La présidence française affiche un optimisme prudent. Les « détails » techniques et commerciaux, euphémisme diplomatique pour désigner les conditions du transfert de technologie, restent à négocier. Aucun calendrier précis n’a été annoncé. Le choix du partenaire industriel indien n’est pas encore dévoilé : il pourrait s’agir d’un des grands groupes locaux comme Hindustan Aeronautics Limited ou Tata Advanced Systems.
Une flotte vieillissante, un virage géopolitique
L’Inde dispose actuellement de 29 escadrons opérationnels, bien en deçà des 42 approuvés officiellement. Le retrait d’appareils soviétiques obsolètes et les lourdeurs bureaucratiques ont creusé l’écart. Le gouvernement Modi a augmenté le budget militaire de 15 % en février, portant les dépenses à 85 milliards de dollars pour l’année fiscale en cours. New Delhi cherche aussi à diversifier ses fournisseurs : historiquement dépendante de Moscou, l’Inde s’est tournée vers les États-Unis, Israël et désormais la France.
Le communiqué du ministère de la Défense indien souligne que l’acquisition renforcera « les capacités de domination et de dissuasion… avec des frappes offensives à longue portée ». Une formulation qui vise autant le Pakistan que la Chine, après les tensions frontalières de 2025.
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Pour Dassault Aviation, l’enjeu dépasse le carnet de commandes. Accepter une production largement délocalisée ouvre un précédent qui pourrait peser sur les futurs contrats export. Mais refuser aurait signifié perdre le marché indien au profit de concurrents américains ou européens moins regardants. Paris fait le pari que l’envergure du contrat et l’ancrage stratégique en valent le prix. Les négociations techniques doivent désormais transformer l’approbation politique en signature ferme.