Le président pose une première pierre en Ariège pendant qu’une papeterie en Haute-Garonne bascule en redressement judiciaire : résumé du paradoxe français de la réindustrialisation.
Emmanuel Macron inaugurait hier à Laroque-d’Olmes, en Ariège, le chantier d’Occitanie Géotex, future usine de géotextiles à base de chanvre et de laine locaux. Quelques dizaines de kilomètres plus loin, Fibre Excellence (propriétaire des deux dernières usines de pâte à papier françaises, dont celle de Saint-Gaudens) était placée en redressement judiciaire. La journée illustre ce que la réindustrialisation française a de course perpétuelle : créations et disparitions coexistent, sans que les premières ne parviennent à enterrer définitivement les secondes.
Depuis son passage à Bercy avant l’Élysée, Macron fait de l’industrie un fil rouge de son quinquennat. L’intérêt s’est accru avec la crise Covid et l’impératif de souveraineté. Entre 2017 et 2024, environ 130 000 emplois industriels ont été créés. Les ouvertures nettes d’usines ont oscillé entre 300 et 400 selon les périodes. Résultat : la France a pris la tête du classement européen de l’attractivité selon le baromètre EY.
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France Relance et Industrie verte : 130 milliards mobilisés
La stratégie repose sur trois piliers : compétitivité, investissement, simplification. La baisse des impôts de production et de l’impôt sur les sociétés, couplée aux réformes du marché du travail, a visé à redresser l’attractivité du pays. En parallèle, l’État a injecté 100 milliards via France Relance et 30 milliards dans France 2030, ciblant innovation, transition écologique et technologies de rupture.
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Le programme Territoires d’industrie, lancé en 2018 puis renforcé en 2023, structure le soutien aux bassins industriels. Les sites clés en main, apparus en 2024, accélèrent les implantations en offrant des terrains viabilisés prêts à accueillir des usines. La loi Industrie verte complète le dispositif en allégeant les procédures administratives et en fléchant l’épargne vers l’industrie décarbonée.
| Programme | Montant ou portée | Axe principal |
|---|---|---|
| France Relance | 100 milliards € | Relance post-Covid, innovation, décarbonation |
| France 2030 | 30 milliards € | Technologies de rupture, transition écologique |
| Territoires d’industrie | Lancé 2018, renforcé 2023 | Accompagnement de bassins industriels locaux |
| Sites clés en main | Depuis 2024 | Accélération des implantations d’usines |
Source : La Dépêche du Midi, juillet 2026
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Relocalisations, soutien aux filières critiques et décarbonation complètent l’arsenal. L’ensemble a permis une inversion progressive de la désindustrialisation, même si le rythme reste fragile.
Le ralentissement commence en 2024
Après des années 2022 et 2023 très positives, le baromètre industriel de l’État a mesuré pour la première fois en 2024 un ralentissement de la dynamique. Le premier semestre 2025 a confirmé le tassement. Face à ce constat, le gouvernement a présenté le 20 avril dernier une feuille de route nationale pour l’attractivité et l’emploi dans l’industrie. Objectif : 600 000 recrutements durables dès 2026. Le texte s’attaque notamment aux emplois vacants, nombreux dans l’industrie.
Emmanuel Macron, venu en Ariège aussi pour parler agriculture et emploi, a estimé que « la bataille pour l’industrie et la réindustrialisation, la transformation de notre agriculture qui fait face à ce défi de l’eau qu’on connaît dans la région, la souveraineté […] sont compatibles ». Accaparé par un agenda international chargé, le chef de l’État revient sur le terrain national avec l’intention de faire de l’indépendance de la France et de l’Europe un fil conducteur de la dernière année de son mandat.
Pourquoi la dynamique ralentit depuis 2024
150 projets selon la « méthode Notre-Dame »
Le président évoque régulièrement une « méthode Notre-Dame » appliquée à l’industrie : une approche projet par projet, avec calendrier serré et mobilisation de tous les acteurs. Cent cinquante projets seraient dans le viseur. Mais entre les annonces et la réalité des territoires, l’écart reste visible. Le cas de Fibre Excellence le rappelle : l’usine de Saint-Gaudens emploie des centaines de salariés, et son redressement judiciaire pourrait se solder par des suppressions de postes si aucun repreneur ne se présente.
La course entre création et destruction d’emplois industriels reste donc ouverte. Les ouvertures nettes d’usines et les 130 000 postes créés depuis 2017 marquent une rupture avec la désindustrialisation des décennies précédentes. Mais le ralentissement constaté depuis 2024 montre que rien n’est acquis. Entre la pose de première pierre d’Occitanie Géotex et le redressement de Fibre Excellence, la réindustrialisation française ressemble moins à une ligne droite qu’à un équilibre instable.
Réindustrialisation française : les chiffres depuis 2017
- Emmanuel Macron a posé hier la première pierre d'Occitanie Géotex, usine de géotextiles à base de chanvre et laine, à Laroque-d'Olmes (Ariège).
- Fibre Excellence, propriétaire des deux dernières usines de pâte à papier françaises, a été placée en redressement judiciaire le même jour.
- 130 000 emplois industriels créés entre 2017 et 2024, et 300 à 400 ouvertures nettes d'usines selon les périodes.
- La France est devenue le pays le plus attractif d'Europe selon le baromètre EY de l'attractivité.
- Le baromètre industriel de l'État a mesuré en 2024 un premier ralentissement de la réindustrialisation, confirmé au premier semestre 2025.
- Le 20 avril, le gouvernement a présenté une feuille de route visant 600 000 recrutements durables dans l'industrie dès 2026.
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