Airbus Defense plaide pour un « Super Rafale F5 » amélioré, tandis que Dassault Aviation explore une coalition européenne autour d’un futur chasseur Gen 6. Le SCAF, programme franco-allemand, patine.
Le programme SCAF accumule les retards. Les trois industriels (Dassault Aviation, Airbus Defense et MTU Aero Engines) n’ont toujours pas signé le contrat de phase 2 censé lancer le développement du démonstrateur. Paris et Berlin ont beau afficher leur volonté, les négociations butent sur le leadership technologique et le partage de propriété intellectuelle. Face à cette paralysie, les deux avionneurs préparent leurs plans B.
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Côté français, Airbus Defense and Space ne veut pas laisser tout le terrain à son concurrent national. L’industriel de Toulouse défend l’idée d’un « Super Rafale F5 », version profondément améliorée de l’appareil de Dassault. Selon les informations d’Air & Cosmos, cette option consiste à intégrer sur le Rafale F5 (dont la mise au point est prévue à l’horizon 2030) des technologies issues du NGF, le futur chasseur du SCAF. L’objectif : obtenir un avion de combat de sixième génération à moindre coût et dans des délais plus courts que le SCAF.
Airbus met en avant sa maîtrise des démonstrateurs, notamment le Remote Carrier développé en Espagne dans le cadre du programme concurrent FCAS. L’industriel espère capitaliser sur ces travaux pour proposer un système de drones de combat déployables depuis le Rafale F5. Une démarche qui permettrait à la France de conserver une capacité aérienne de pointe même en cas d’échec définitif du SCAF.
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Le groupe européen joue également la carte de l’interopérabilité. Un Rafale F5 équipé de briques technologiques du NGF pourrait s’intégrer plus facilement dans les futures flottes européennes. Airbus sait que l’Allemagne pourrait finalement opter pour le F-35 américain si le SCAF ne se concrétise pas. Un Super Rafale F5 offrirait alors une alternative européenne crédible pour d’autres clients potentiels, de la Grèce à la Pologne.
Dassault mise sur une « Team Gen 6 » européenne
Dassault Aviation, de son côté, ne renonce pas au leadership industriel. L’avionneur français travaille sur une coalition alternative baptisée « Team Gen 6 ». Cette initiative vise à fédérer plusieurs États européens autour d’un programme de chasseur de nouvelle génération, distinct du SCAF franco-allemand et du FCAS hispano-italo-britannique. L’idée : construire un appareil piloté autour de standards ouverts, capable de communiquer avec des drones et des systèmes de commandement futurs.
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Dassault cherche à éviter les écueils du SCAF, où les négociations sur le partage de responsabilités et de propriété intellectuelle ont plombé le calendrier. La Team Gen 6 reposerait sur une architecture modulaire permettant à chaque partenaire d’apporter ses briques technologiques sans diluer le rôle d’architecte principal. Une manière de conserver la maîtrise du design global tout en ouvrant le programme à d’autres pays européens.
Les discussions exploratoires portent notamment sur la Suède, qui développe avec Saab des technologies avancées en matière de furtivité et de guerre électronique. La Pologne, en pleine montée en puissance de ses capacités de défense, figure également parmi les partenaires potentiels. Dassault espère annoncer les premiers engagements d’ici la fin 2026, avec un calendrier de développement accéléré par rapport au SCAF.
| Programme | Pays participants | Industriels | Calendrier prévu |
|---|---|---|---|
| SCAF / NGF | France, Allemagne, Espagne | Dassault Aviation, Airbus Defense, MTU | 2040 (en retard) |
| FCAS (britannique) | Royaume-Uni, Italie, Japon | BAE Systems, Leonardo, Mitsubishi | 2035 |
| Team Gen 6 | France, Suède (?), Pologne (?) | Dassault Aviation, Saab | Non annoncé |
| Super Rafale F5 | France | Dassault Aviation, Airbus Defense | 2030 |
Source : Air & Cosmos
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Le blocage du SCAF ne tient pas qu’aux industriels. Les gouvernements français et allemand portent des visions stratégiques divergentes. Paris veut garder la main sur l’architecture de l’appareil et sur les technologies critiques, à commencer par le moteur. Berlin exige un partage équilibré du leadership et des retombées industrielles. L’Espagne, associée au programme en 2019, complique encore le jeu en réclamant sa part du gâteau.
Les trois pays ont signé en 2021 un accord cadre fixant les grandes lignes du NGF et de son cloud de combat. Mais la phase 2, celle du développement du démonstrateur, attend toujours son contrat. Les négociations achoppent sur la répartition des droits de propriété intellectuelle, notamment pour les capteurs et les systèmes de mission. MTU Aero Engines revendique un rôle central sur le moteur, une ligne rouge pour Safran qui équipe déjà le Rafale avec le M88.
Le calendrier politique n’aide pas. L’Allemagne doit renouveler sa flotte de Tornado d’ici 2030 et a déjà commandé des F-35A américains. Si le SCAF n’entre pas en service avant 2040, Berlin pourrait basculer entièrement vers du matériel américain pour ses futurs Eurofighter. La France, elle, mise tout sur le Rafale jusqu’à l’arrivée du NGF. Un décalage de calendrier trop important condamnerait le programme.
Face à ce constat, Airbus et Dassault préparent leurs arrières. Le « Super Rafale F5 » d’Airbus répond à un besoin immédiat : offrir à la France et à ses clients export une capacité Gen 6 dès 2030. La « Team Gen 6 » de Dassault vise un horizon plus lointain, mais avec une structure de gouvernance simplifiée. Deux approches, un même constat : le SCAF tel qu’il est conçu aujourd’hui ne décolle pas.
Les ministères de la Défense français et allemand multiplient les déclarations de soutien au programme. Mais les industriels, eux, ne peuvent plus attendre. Airbus et Dassault engagent des ressources considérables dans ces programmes de substitution. Si le SCAF finit par redémarrer, ces investissements auront été perdus. Si le programme est abandonné, ils auront permis de sauver les capacités souveraines européennes. Un pari à plusieurs milliards d’euros.
SCAF et alternatives : les jalons à retenir
- Airbus Defense propose un « Super Rafale F5 » intégrant des technologies du NGF pour obtenir un avion Gen 6 dès 2030
- Dassault Aviation travaille sur une coalition alternative européenne, la « Team Gen 6 », avec la Suède et la Pologne comme partenaires potentiels
- Le SCAF franco-allemand patine depuis 2021 sur la répartition de la propriété intellectuelle et le leadership industriel
- L'Allemagne a déjà commandé des F-35A américains pour remplacer ses Tornado, réduisant l'urgence du SCAF côté allemand
- Les trois industriels du SCAF – Dassault, Airbus Defense et MTU – n'ont toujours pas signé le contrat de phase 2 pour le démonstrateur