IndustrielEntreprises« Super Rafale » et « Team Gen 6 » : Airbus...

« Super Rafale » et « Team Gen 6 » : Airbus et Dassault se préparent à un avenir sans SCAF

-

Airbus Defense plaide pour un « Super Rafale F5 » amélioré, tandis que Dassault Aviation explore une coalition européenne autour d’un futur chasseur Gen 6. Le SCAF, programme franco-allemand, patine.

Le programme SCAF accumule les retards. Les trois industriels (Dassault Aviation, Airbus Defense et MTU Aero Engines) n’ont toujours pas signé le contrat de phase 2 censé lancer le développement du démonstrateur. Paris et Berlin ont beau afficher leur volonté, les négociations butent sur le leadership technologique et le partage de propriété intellectuelle. Face à cette paralysie, les deux avionneurs préparent leurs plans B.

En chiffres
2040
Entrée en service prévue du NGF
En retard sur le calendrier initial
2030
Livraison du Rafale F5
Base du « Super Rafale » d'Airbus
3
Pays engagés dans le SCAF
France, Allemagne, Espagne
2021
Signature de l'accord cadre SCAF
Phase 2 toujours non contractualisée

Airbus propose un Rafale F5 dopé

Le CAC 40 ouvre sous les 8 300 points et efface tous ses gains de juin

Côté français, Airbus Defense and Space ne veut pas laisser tout le terrain à son concurrent national. L’industriel de Toulouse défend l’idée d’un « Super Rafale F5 », version profondément améliorée de l’appareil de Dassault. Selon les informations d’Air & Cosmos, cette option consiste à intégrer sur le Rafale F5 (dont la mise au point est prévue à l’horizon 2030) des technologies issues du NGF, le futur chasseur du SCAF. L’objectif : obtenir un avion de combat de sixième génération à moindre coût et dans des délais plus courts que le SCAF.

Airbus met en avant sa maîtrise des démonstrateurs, notamment le Remote Carrier développé en Espagne dans le cadre du programme concurrent FCAS. L’industriel espère capitaliser sur ces travaux pour proposer un système de drones de combat déployables depuis le Rafale F5. Une démarche qui permettrait à la France de conserver une capacité aérienne de pointe même en cas d’échec définitif du SCAF.

Paris et Berlin ravitaillent en vol des Rafale et Eurofighter après l’échec du Scaf

Le groupe européen joue également la carte de l’interopérabilité. Un Rafale F5 équipé de briques technologiques du NGF pourrait s’intégrer plus facilement dans les futures flottes européennes. Airbus sait que l’Allemagne pourrait finalement opter pour le F-35 américain si le SCAF ne se concrétise pas. Un Super Rafale F5 offrirait alors une alternative européenne crédible pour d’autres clients potentiels, de la Grèce à la Pologne.

Dassault mise sur une « Team Gen 6 » européenne

Dassault Aviation, de son côté, ne renonce pas au leadership industriel. L’avionneur français travaille sur une coalition alternative baptisée « Team Gen 6 ». Cette initiative vise à fédérer plusieurs États européens autour d’un programme de chasseur de nouvelle génération, distinct du SCAF franco-allemand et du FCAS hispano-italo-britannique. L’idée : construire un appareil piloté autour de standards ouverts, capable de communiquer avec des drones et des systèmes de commandement futurs.

Les Bourses européennes clôturent en ordre dispersé, le luxe plombé par LVMH

Dassault cherche à éviter les écueils du SCAF, où les négociations sur le partage de responsabilités et de propriété intellectuelle ont plombé le calendrier. La Team Gen 6 reposerait sur une architecture modulaire permettant à chaque partenaire d’apporter ses briques technologiques sans diluer le rôle d’architecte principal. Une manière de conserver la maîtrise du design global tout en ouvrant le programme à d’autres pays européens.

Les discussions exploratoires portent notamment sur la Suède, qui développe avec Saab des technologies avancées en matière de furtivité et de guerre électronique. La Pologne, en pleine montée en puissance de ses capacités de défense, figure également parmi les partenaires potentiels. Dassault espère annoncer les premiers engagements d’ici la fin 2026, avec un calendrier de développement accéléré par rapport au SCAF.

Programmes de chasseurs de nouvelle génération en Europe
Programme Pays participants Industriels Calendrier prévu
SCAF / NGF France, Allemagne, Espagne Dassault Aviation, Airbus Defense, MTU 2040 (en retard)
FCAS (britannique) Royaume-Uni, Italie, Japon BAE Systems, Leonardo, Mitsubishi 2035
Team Gen 6 France, Suède (?), Pologne (?) Dassault Aviation, Saab Non annoncé
Super Rafale F5 France Dassault Aviation, Airbus Defense 2030

Source : Air & Cosmos

Pourquoi le SCAF bloque et ce que ça change

Blocage du SCAF
Le programme franco-allemand accumule les retards. Paris et Berlin ne s'entendent pas sur le partage de propriété intellectuelle et le leadership technologique. La phase 2 attend toujours son contrat.
Souveraineté industrielle
Airbus et Dassault préparent des alternatives pour conserver une capacité souveraine de chasseurs Gen 6, même en cas d'échec du SCAF. Un enjeu de plusieurs milliards d'euros.
Calendrier politique
L'Allemagne doit renouveler ses Tornado d'ici 2030. Si le SCAF n'entre pas en service avant 2040, Berlin pourrait basculer entièrement sur du matériel américain.
Coalition alternative
Dassault explore une « Team Gen 6 » avec la Suède et la Pologne. Objectif : éviter les écueils du SCAF en simplifiant la gouvernance et en gardant le rôle d'architecte principal.

Le SCAF pris en tenaille entre politique et industrie

Le blocage du SCAF ne tient pas qu’aux industriels. Les gouvernements français et allemand portent des visions stratégiques divergentes. Paris veut garder la main sur l’architecture de l’appareil et sur les technologies critiques, à commencer par le moteur. Berlin exige un partage équilibré du leadership et des retombées industrielles. L’Espagne, associée au programme en 2019, complique encore le jeu en réclamant sa part du gâteau.

Les trois pays ont signé en 2021 un accord cadre fixant les grandes lignes du NGF et de son cloud de combat. Mais la phase 2, celle du développement du démonstrateur, attend toujours son contrat. Les négociations achoppent sur la répartition des droits de propriété intellectuelle, notamment pour les capteurs et les systèmes de mission. MTU Aero Engines revendique un rôle central sur le moteur, une ligne rouge pour Safran qui équipe déjà le Rafale avec le M88.

Le calendrier politique n’aide pas. L’Allemagne doit renouveler sa flotte de Tornado d’ici 2030 et a déjà commandé des F-35A américains. Si le SCAF n’entre pas en service avant 2040, Berlin pourrait basculer entièrement vers du matériel américain pour ses futurs Eurofighter. La France, elle, mise tout sur le Rafale jusqu’à l’arrivée du NGF. Un décalage de calendrier trop important condamnerait le programme.

Face à ce constat, Airbus et Dassault préparent leurs arrières. Le « Super Rafale F5 » d’Airbus répond à un besoin immédiat : offrir à la France et à ses clients export une capacité Gen 6 dès 2030. La « Team Gen 6 » de Dassault vise un horizon plus lointain, mais avec une structure de gouvernance simplifiée. Deux approches, un même constat : le SCAF tel qu’il est conçu aujourd’hui ne décolle pas.

Les ministères de la Défense français et allemand multiplient les déclarations de soutien au programme. Mais les industriels, eux, ne peuvent plus attendre. Airbus et Dassault engagent des ressources considérables dans ces programmes de substitution. Si le SCAF finit par redémarrer, ces investissements auront été perdus. Si le programme est abandonné, ils auront permis de sauver les capacités souveraines européennes. Un pari à plusieurs milliards d’euros.

SCAF et alternatives : les jalons à retenir

  • Airbus Defense propose un « Super Rafale F5 » intégrant des technologies du NGF pour obtenir un avion Gen 6 dès 2030
  • Dassault Aviation travaille sur une coalition alternative européenne, la « Team Gen 6 », avec la Suède et la Pologne comme partenaires potentiels
  • Le SCAF franco-allemand patine depuis 2021 sur la répartition de la propriété intellectuelle et le leadership industriel
  • L'Allemagne a déjà commandé des F-35A américains pour remplacer ses Tornado, réduisant l'urgence du SCAF côté allemand
  • Les trois industriels du SCAF – Dassault, Airbus Defense et MTU – n'ont toujours pas signé le contrat de phase 2 pour le démonstrateur
Rédactrice chez Industriel.net
Hélène Vasseur suit de près l'actualité de la défense, des industries de souveraineté et des grands programmes militaires. Elle décrypte les enjeux stratégiques, les innovations technologiques et les évolutions du secteur à travers des contenus documentés et accessibles. Pour enrichir ses recherches et structurer ses articles, elle s'appuie sur l'intelligence artificielle, tout en assurant une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale avant chaque publication.
Hélène

Articles

Stay Connected

0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
0SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

Articles