Le comité d’acquisition du ministère indien de la défense a validé le 12 février l’achat de 114 Rafale, record historique pour Dassault Aviation.
Le montant affiché : 33 milliards d’euros. Un chiffre qui pulvérise le précédent sommet, le contrat émirati de 80 appareils signé en décembre 2021. L’information a été confirmée à L’Usine Nouvelle par une source ministérielle française. Elle intervient dans la foulée de la visite présidentielle d’Emmanuel Macron en Inde, du 17 au 19 février.
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New Delhi devient ainsi le premier débouché export de l’avion de combat tricolore : 36 Rafale achetés en 2018, 26 Rafale Marine en 2025, désormais 114 de plus. Cette fois, l’essentiel de la production se fera sur place. D’après The Times of India, seuls 18 appareils sortiront des chaînes de Mérignac. Le reste sera assemblé en Inde, conformément à la doctrine du « make in India » défendue par le Premier ministre Narendra Modi.
Cette répartition géographique n’a rien d’une improvisation. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, l’avait anticipée en juin 2025 lors d’une audition devant la commission sénatoriale des affaires étrangères et de la défense. « Pourquoi assembler des Rafale en Inde ? Parce que c’est une condition qui nous sera demandée en cas de grosse commande, par exemple d’une centaine de Rafale. Du reste, nous aurions du mal à les produire à Bordeaux, car ces Rafale s’ajouteraient aux commandes que nous avons déjà », avait-il déclaré.
Un écosystème industriel déployé en Inde
Le transfert ne se limite pas à l’assemblage final. Dassault Aviation a signé en juin 2025 un accord avec la société indienne Tata Advanced Systems pour fabriquer à Hyderabad le fuselage de l’avion de combat, destiné à l’Inde mais aussi à d’autres marchés internationaux[1]. L’ensemble de la supply chain du Rafale pourrait être mobilisé : Bangalore, Lucknow, autant de sites aéronautiques indiens déjà actifs. Thales parle de « Go to India » pour qualifier son propre déploiement. Safran, fournisseur des moteurs, nourrit des ambitions similaires.
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La montée en puissance industrielle indienne repose sur un modèle éprouvé : la localisation progressive de la production. L’accord devrait comporter une part significative de pièces locales. Reste à savoir si Dassault Aviation acceptera d’endosser la responsabilité contractuelle sur les appareils assemblés en Inde. Ce point avait fait capoter un contrat de 126 avions en 2013 : l’avionneur français avait refusé d’assumer la garantie qualité et délais sur des appareils montés par l’industriel local HAL (Hindustan Aeronautics Limited).
| Année | Nombre d’appareils | Type |
|---|---|---|
| 2018 | 36 | Rafale standard |
| 2025 | 26 | Rafale Marine |
| 2026 | 114 | Rafale (18 depuis Mérignac, 96 assemblés en Inde) |
Source : L’Usine Nouvelle
Un carnet de commandes record qui peine à se transformer en livraisons
L’approbation du comité d’acquisition ouvre la voie aux négociations commerciales et techniques entre Paris et New Delhi. Si elles aboutissent, le carnet de commandes de Dassault Aviation franchirait un nouveau palier. Début 2026, l’avionneur comptait déjà 220 appareils à livrer : 45 pour la France, 175 pour l’export[2].
Le succès commercial du Rafale pose toutefois un problème d’exécution. En 2025, Dassault Aviation a livré 26 Rafale, soit cinq de plus que l’année précédente. Un rythme qui reste lent au regard de la demande. Les 400 entreprises françaises mobilisées sur le programme devront accélérer la cadence pour absorber un contrat de cette ampleur. L’assemblage en Inde peut soulager Mérignac, mais il déplace aussi une partie de la charge de travail vers des acteurs nouveaux, avec les risques de montée en compétence qui vont avec.
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Un test pour la coopération industrielle franco-indienne
Le contrat à venir constitue un pari sur la capacité de New Delhi à intégrer des savoir-faire aéronautiques de pointe. L’Inde ambitionne de faire un bond qualitatif dans son industrie de défense. En acquérant la maîtrise de l’assemblage et d’une part croissante de la fabrication, elle vise l’autonomie stratégique à moyen terme.
Pour Dassault Aviation et ses partenaires, l’enjeu est double : livrer dans les délais et maintenir une génération d’avance technologique. Le transfert de savoir-faire comporte toujours le risque d’une émancipation du client. Mais refuser cette localisation aurait conduit l’Inde vers d’autres fournisseurs, américains ou européens, prêts à accepter les mêmes conditions.
Le contrat devrait être finalisé dans les prochains mois. Il confirmera, s’il se concrétise, la position de l’Inde comme premier partenaire export du Rafale et redéfinira l’équilibre entre production française et montée en puissance industrielle indienne dans le secteur de la défense aérienne.
Contrat Rafale Inde : les chiffres du record
- Le comité d'acquisition indien a approuvé l'achat de 114 Rafale le 12 février 2026
- À 33 milliards d'euros, ce contrat bat le record des 80 appareils vendus aux Émirats en 2021
- L'Inde devient le premier client export du Rafale avec 176 appareils au total (36 en 2018, 26 Marine en 2025, 114 en 2026)
- Seuls 18 Rafale sortiront de Mérignac, les 96 autres seront assemblés en Inde selon la politique du « make in India »
- Dassault Aviation a signé un accord avec Tata Advanced Systems en juin 2025 pour fabriquer le fuselage à Hyderabad
- En 2025, Dassault Aviation n'a livré que 26 Rafale, cinq de plus qu'en 2024, malgré un carnet de 220 commandes
Sources
2 sources · 2 faits sourcés