Dassault Aviation réclame une indemnisation à Airbus pour la perte de son périmètre de travail sur l’Eurodrone, après que Paris a renoncé à acheter le drone européen.
Le spécialiste français des avions de combat veut obtenir compensation pour sa part d’investissement, selon trois sources proches du dossier. La demande porte sur les développements engagés pour les systèmes de contrôle de vol et de communication de mission, dont Dassault avait la charge dans le consortium. L’industriel n’a pas souhaité commenter, renvoyant les questions vers Airbus.
Côté Airbus Defence and Space, maître d’œuvre du programme, Guillaume Faury s’est contenté en avril d’évoquer une « probable évolution de l’organisation » du projet, suite au changement de position du ministère des Armées. L’Élysée ne s’est pas prononcé.
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Le différend découle de la décision française de ne plus commander l’appareil, ce qui réduit mécaniquement la part de travail allouée à Dassault selon la règle du juste retour. Les quatre nations de lancement, France, Allemagne, Italie et Espagne, avaient initialement prévu 60 exemplaires. Le ministère français examine aujourd’hui l’Aarok, un drone léger développé par la startup Turgis & Gaillard, selon des sources parlementaires de 2019.
Un programme lancé en 2013, toujours au sol en 2026
L’Eurodrone devait réduire la dépendance européenne aux technologies américaines et israéliennes dans la catégorie MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance). Proposé en 2013 par Airbus, Dassault et Leonardo face à la percée de General Atomics sur le marché européen, le programme accumule les retards. Le premier vol, prévu en 2025, est désormais attendu en 2027. La mise en service opérationnel a glissé de plusieurs années.
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Dès 2019, des sénateurs français qualifiaient l’appareil de « lourd et coûteux », pointant des désaccords sur les spécifications. Le projet souffre d’une gestion par juste retour jugée catastrophique : dérive budgétaire, calendrier explosé, tensions entre partenaires. Un rapport du ministère allemand de la Défense avait accusé Dassault de retarder le programme en 2025. L’industriel français avait répliqué, accusant Airbus de ne pas fournir certaines données indispensables à son travail.
Airbus regarde déjà vers le Japon
Pendant que Dassault et Airbus croisent le fer, le programme avance sur d’autres fronts. L’OCCAr vient de prolonger le statut d’observateur du Japon, signe d’un intérêt tokyoïte pour l’appareil. Airbus a annoncé fin juin un partenariat avec Kawasaki Heavy Industries pour étudier une version maritime de l’U950 Eurodrone, dédiée à la lutte anti-sous-marine. Une opportunité commerciale qui ne concerne plus Dassault.
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Cette nouvelle passe d’armes intervient quelques mois après l’effondrement du programme SCAF, le futur avion de combat franco-allemand également piloté par Airbus et Dassault. Les relations entre les deux groupes, marquées depuis toujours par leurs origines opposées, le privé contre le public, n’ont jamais été aussi dégradées. La France a déjà engagé les travaux sur un Rafale F5 amélioré, qui pourrait mener à un Super-Rafale sans Berlin.
Le maintien de l’Eurodrone sans participation française pose la question de la cohérence industrielle du projet. Airbus conserve le leadership, Leonardo ses parts italiennes et espagnoles, mais la sortie de Dassault prive le programme d’une expertise reconnue en contrôle de vol. La version maritime japonaise pourrait offrir une porte de sortie par le haut, à condition que Tokyo signe des commandes fermes.
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